Chez l’artiste, curatrice et chercheuse Natalia Fedorova, les mots sont des capteurs ; les algorithmes, des traducteurs du vivant. Une poésie hybride, mouvante, qui tente de faire dialoguer les humains, les machines… et même les arbres.
Un arbre respire. Une machine écoute. Quand soudain, un poème apparaît. Voilà, en quelques gestes invisibles, le cœur du travail de Natalia Fedorova. À la fois artiste, curatrice, chercheuse et éducatrice dans le domaine de l’art contemporain et de la littérature, son travail tente d’établir une médiation entre le langage humain, la grammaire technologiques et celle des écosystèmes. Son terrain de jeu favori ? La poésie générative, où le texte n’est plus seulement écrit, mais calculé, transformé, parfois même capté dans le monde physique.
Quand la nature écrit
Ce fil rouge, Natalia Fedorova le tisse dans ses différents projets. Avec To Be The Wind For The Tree, celle qui enseigne aussi l’art technologique et l’écriture expérimentale propose une expérience étonnante : traduire les données physiologiques d’un arbre en lignes de poésie minimale. Flux de sève, température du tronc, humidité du sol… autant de signaux captés et transformés par un système algorithmique en fragments de texte. Les participants commencent par observer les arbres, puis apprennent à interpréter ces données avant de composer leurs propres vers génératifs. Au final, c’est une véritable forêt de poèmes qui émerge en ligne, un bosquet numérique où les arbres prennent enfin la parole. Natalia Fedorova va même plus loin avec To bee, un simulateur sémiotique capable d’établir les bases d’un monde sensoriel commun à l’homme et à l’abeille.
Mais derrière la prouesse technique se cache une ambition plus vaste. Avec ses recherches en littérature électronique et en art des nouveaux médias, et en interrogeant les points de médiations entre « les langues naturelles et celles des machines et des systèmes vivants », Natalia Fedorova ose l’impensable : inventer de nouvelles façons de traduire le monde, entre code et chlorophylle.