Figure du rock alternatif avec Sonic Youth, dont elle fut l’illustre chanteuse et bassiste, Kim Gordon n’a jamais cessé de naviguer entre la musique et l’art contemporain. Un secret aujourd’hui révélé au centre d’art contemporain new-yorkais Amant, qui expose près de vingt ans de création plastique.
On la connaît d’abord comme musicienne. On la connaît surtout comme la bassiste et voix singulière de Sonic Youth, icône d’une scène expérimentale new-yorkaise. Mais réduire Kim Gordon à cette image revient à passer à côté d’une grande partie de son identité artistique. Car avant même la musique, il y avait déjà l’art. Formée à l’Otis College of Art and Design de Los Angeles à la fin des années 1970, l’Américaine développe très tôt une pratique visuelle qu’elle n’abandonnera jamais – les différentes pochettes d’albums de Sonic Youth, réalisées par Gerhard Richter ou Mike Kelley en attestent. En parallèle à la sortie de son troisième album solo (Play Me), c’est donc tout un pan de sa création visuelle que met aujourd’hui en valeur l’espace Amant, à Brooklyn, en lui consacrant une exposition personnelle jusqu’au 16 août 2026.

Une expérimentation vidéo
Peintures, céramiques, dessins, objets personnels… À New York, l’exposition Count Your Chickens rassemble près de vingt ans de création, et offre ainsi une lecture élargie sur le travail de Kim Gordon, qui se décline même sous la forme d’une œuvre vidéo spécialement commandée par le centre d’art (Jeanetta and Alex).
Dans cette vidéo, la poétesse Jeanetta Rich et l’artiste Alex Hubbard sont séparés – ou plutôt rapprochées – par une guitare ; un instrument pensé pour être une sorte de prolongement physique des protagonistes, ainsi qu’un outil de pouvoir, de domination. Rien n’est spectaculaire, tout se joue dans les micro-gestes. Kim Gordon filme la relation comme un terrain instable, capturant dans un même mouvement de caméra un monologue de Jeanetta et une critique des structures post-industrielles. Indéniablement, Jeanetta and Alex permet à l’artiste de revisiter ses propres cordes, tout en explorant les possibilités d’un nouveau médium. La guitare, symbole central du rock, n’est plus un instrument de performance ; il est ici un objet ambivalent, presque contraignant, qui ne libère plus, mais structure. Voire impose. Jeanetta and Alex s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur les dynamiques de pouvoir, les rôles et les représentations. En quittant la scène pour l’espace d’exposition, Kim Gordon ne change pas de sujet : elle le dissèque autrement. Plus lentement. Plus frontalement aussi.