Suite à la mise en place d’un outil de retouche image par l’intelligence artificielle, une vague d’artistes numériques (mais pas que) ont pris la décision de déserter le réseau social, déjà particulièrement controversé depuis son rachat par Elon Musk en 2022.
Alors que l’art génératif ne cesse de créer du débat au sein des communautés d’artistes, quelle n’a pas été la déception de certains d’entre eux lorsqu’ils ont appris que X allait introduire une nouvelle fonctionnalité de retouche d’images basée sur l’intelligence artificielle : Grok. Un nouvel outil qui permet de reprendre n’importe quelle image publique, de la tordre, la remodeler, et surtout, de lui arracher son autorisation première. Ce n’est plus une révolution, clament les artistes, c’est une invasion !
Légende du manga, Mujik Park, alias Boichi, fait partie de ces artistes révoltés : « Je ne peux pas accepter que mes œuvres soient utilisées, apprises ou exploitées sans consentement ou compensation. » Dans la foulée, le Sud-Coréen a annoncé son départ de la plateforme : « C’est le cœur lourd et brisé que j’écris ces mots. Pour le moment, je suspends la publication de mes bandes dessinées et illustrations sur X. » Mauvaise nouvelle pour les fans de l’auteur de Dr Stone et Sun-Ken Rock.

Les artistes montent au créneau
Il faut dire que les dérives liées à Grok sont nombreuses – et on ne parle même pas ici de la « trend » qui consiste à déshabiller les femmes sans impunité grâce à l’outil… Certains utilisateurs sont allés jusqu’à supprimer les filigranes ajoutés par les artistes dans les versions d’œuvres d’art générées par l’IA et traitées par le chatbot. Iomaya, un autre artiste actif sur X, a lui aussi élevé la voix contre le réseau social après que El3v3nDimesion, un utilisateur anonyme, ait transformé une commande payante en une caricature insultante, taguant son art de « Luddite » – terme désignant les personnes opposées au progrès technologique -, alors que l’algorithme avait balayé les protections et déformé son intention. Dans un communiqué, Iomaya a annoncé que l’art sur X était désormais interdit, qualifiant d’abject le comportement de l’utilisateur anonyme. Un thread devenue viral qui a été depuis été visionnée plus de sept millions de fois.

Perçue comme un énième coup de massue adressée à la création, nombreux sont les artistes à migrer vers d’autres canaux, comme Instagram, Bluesky ou Tumblr, privilégiant des espaces où les images ne sont pas des biens communs à remodeler selon l’humeur d’un texte prompté. Ce mouvement d’exode n’a donc rien d’un caprice : c’est un véritable cri du coeur d’une génération d’artistes qui s’attend à ce que l’innovation ne soit pas une autoroute sans feux rouges, et que la technologie soit une alliée de la création – pas complice des outrages.