Présentée jusqu’au 5 octobre dans le cadre du Festival Musica, à Strasbourg, la dernière performance d’Alexander Schubert, Eternal Dawn, entend redéfinir les contours du spectacle vivant, mais aussi et surtout, de l’homme de demain. Mission réussie ?
Et si la technologie venait modifier le métier même d’acteur ou de musicien ? Non, on ne parle pas ici d’une IA capable de doubler des films ou de rivaliser avec les pionniers des classements Billboard, mais bien d’éléments connectés ; ceux qui viennent compléter les corps des protagonistes de la nouvelle pièce d’Alexander Schubert : Eternal Dawn.

Une réflexion transhumaniste
Intéressé de longue date par la relation entre technologie, musique et mise en scène – preuve en est donnée avec l’intense Asterism (2021), un espace de simulation de mondes possibles contrôlés par l’IA et des composants numériques -, le compositeur allemand imagine avec Eternal Dawn une forme scénique inédite, articulée cette fois-ci autour de la thématique du transhumanisme. Installés dans un environnement futuriste, les sept musiciens se voient transformés en cyborgs, vêtus de capteurs, de prothèses, de softwares et d’autres extensions corporelles afin de devenir des interprètes composites, des prolongements de l’homme moderne. Des portes-étendard d’un avenir finalement pas si lointain, en quelque sorte.


Un spectacle manifeste
Ici, pas d’instruments, simplement des musiciens transformés en cyborgs et équipés de capteurs et autres extensions corporelles. Pourtant, la musique est partout, matérialisée par la connexion de la chair et du métal. Les bruits des machines ont remplacé les violons éthérés, et les bio-modifications suffisent à elles seules à faire disparaître tout un orchestre. Eternal Dawn est certes une oeuvre expérimentale (souvent prétentieuse, parfois encore un peu bancale également, ne nous mentons pas !), mais elle prend surtout l’allure d’un manifeste dans lequel Alexander Schubert vise à rendre tangible les enjeux du transhumanisme, de même que le caractère éphémère de l’humanité tel qu’on la connaît.