Aussi bien active dans le champ de l’art numérique que dans les NFTs, Eva Iszoro se distingue surtout au sein de la mode digitale, où ses créations virtuelles incitent à approcher différemment le monde du luxe. Dans un geste moins élitiste et plus ouvertement détaché du réel.
Entre artiste visuelle, créatrice de mode, architecte et chercheuse, Eva Iszoro a décidé de ne pas choisir. Avide de création, la Madrilène entend être tout à la fois, voyant même d’évidentes connexions entre ses différentes casquettes, constamment interchangeables pour celle qui a profité du confinement lié au Covid-19 pour apprendre en autodidacte les logiciels de XR. Comme si le virtuel était bel et bien pour elle une manière d’habiter poétiquement le monde.

Encourager l’accident
« Je pense que la XR est notre monde complémentaire, confiait-elle en fin d’année dernière à XRMust. J’aimerais que les hologrammes se développent, qu’on développe des mondes communs. Ce serait probablement très dangereux, mais j’imagine des installations, des expositions, des défilés de mode où l’on fait asseoir les gens dans le parc et où l’on ne peut plus distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas. » En attendant de mettre les deux pieds dans un tel monde, Eva Iszoro a développé sa propre technique, « Accendital Cutting », qui en dit long sur son approche de la création, foncièrement expérimentale, ouverte à l’imprévu. L’idée ? Briser les lois de la gravité et permettre à quiconque de voir le monde d’un autre point de vue.

Se débarrasser de la matérialité
À la fois singulière dans sa façon d’aborder le volume ou les motifs abstraits et symptomatique d’une génération d’artistes voyant dans les logiciels 3D (Blender, CLO 3D et 3D Studio Max) et l’IA de nouvelles manières d’expérimenter les images, Eva Iszoro fait de ses créations le lieu d’une affirmation, sinon d’une élévation. Moins attirée par l’art que par la possibilité de créer des vêtements virtuels (y compris au sein de l’écosystème Web3), l’intéressée s’amuse de l’absence de limite propre aux mondes digitaux, et parvient ainsi à défendre un art étranger à la matérialité, accueillant le langage de l’irrationnel, visant à représenter l’invisible même.
- Cet article est initialement paru dans le 41e numéro de notre newsletter éditoriale.