Comme chaque année, à la tombée des premières nuits d’été, la ville de Metz se met à rayonner. Ce phénomène s’explique par des projections envoûtantes et vertigineuses, des faisceaux laser directionnels et d’autres installations lumineuses troublantes, inscrites au sein de la programmation du Festival international Constellations, qui fête cette année ses dix ans. On vous y emmène !
Le Festival international Constellations de Metz se déploie aussi bien de jour que de nuit, à travers une programmation riche en œuvres éclectiques et spectaculaires. Davantage consacrée aux arts numériques, c’est bien la section nocturne qui retient notre attention ! D’autant qu’elle prend ici, à l’occasion du dixième anniversaire de l’événement, des allures de rétrospective. Jérémie Bellot, son commissaire, l’a imaginée dans l’idée de faire le pont entre le passé et le présent, de rendre hommage aux œuvres qui ont marqué le festival tout en prenant le pouls de la scène actuelle et en s’articulant autour d’un thème précis : Data-scapes. Une manière totalement assumée d’interroger la façon dont nos réalités contemporaines (climatiques, sociales et technologiques) se dessinent et se transforment au cœur des nouveaux paysages du numérique.

Deux créations inédites
Ce nouveau parcours citadin entend, comme de coutume, valoriser le patrimoine historique de la ville grâce aux regards de dix-huit artistes, dont huit internationaux, invités à présenter onze œuvres, parmi lesquelles deux créations inédites. La première, qui ouvre le bal, est signée Nicolas Paolozzi. L’architecte et plasticien français dévoile, dans le cloître de l’Hôtel de Région, Module : une déambulation florale démesurée, dans laquelle des végétaux numériques disproportionnés côtoient ceux, bien réels, du lieu. À travers cette installation, Nicolas Paolozzi invite le visiteur à porter son regard sur des éléments souvent oubliés de nos jardins, à l’image du pissenlit, pourtant symbole de résilience – à celles et ceux qui l’ignoreraient, rappelons que cette plante est en effet capable de pousser dans les endroits les plus improbables.
Indéniablement, Module se révèle aussi poétique et contemplative que l’installation de Benjamin Nesme & Marc Sicard, Sentinels, la deuxième nouvelle création du parcours. Au cœur du Jardin Fabert, le duo d’artistes français, membre de l’agence Luminariste, nous plonge cette fois dans les océans afin de mieux en saisir la beauté et prendre la mesure de leur inexorable montée. Ça, c’est pour l’aspect théorique. Sur la forme, l’œuvre est constituée de dix balises mécaniques disposées en arc de cercle, en hauteur, chargées de dessiner au-dessus de nos yeux la ligne de flottaison prévue pour 2100 par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Ce faisant, Sentinels nous montre clairement notre position future : sous l’eau !

L’écho de la nature
L’écologie est donc au cœur de cette programmation, souvent abordée sous le prisme de la poésie, comme le fait Philipp Frank dans la cour du Tailleur de Pierre du musée de La Cour d’Or. Qualifié de land artist par Jérémie Bellot en raison de son travail habituellement réalisé en milieu naturel, le plasticien allemand présente ici Echoes of Ice. « Ce projet est né d’un voyage sur le glacier de Bionnassay, près de Saint-Gervais, dans le massif du Mont-Blanc, précise-t-il. Généralement, je mène de nombreuses expérimentations dans la nature, à travers des projections sur des rochers ou des arbres. “Echoes of Ice” est la première œuvre que je transpose dans un centre-ville. J’y évoque la naissance et la disparition des glaciers, ou plus précisément le processus naturel de transformation de l’eau. L’œuvre représente une pointe de sérac, vestige d’un glacier, sur laquelle je projette une vidéo numérique illustrant les différents états de l’eau : liquide, solide sous forme de glace, puis gazeuse sous forme de vapeur ».
Au sein d’une époque où l’avenir semble chaque jour plus incertain, le festival nous invite, à l’occasion de son dixième anniversaire, à nous tourner vers le passé grâce notamment à Frame Perspective, suspendue sous les voûtes de l’église des Trinitaires. Après avoir marqué les esprits lors de la 3ᵉ édition, en 2019, l’œuvre fait son retour dans ce lieu mystique. Pour l’occasion, son créateur Olivier Ratsi l’a repensée à la verticale afin d’évoquer un puits inversé, au fond duquel apparaît notre propre reflet dans un miroir. Une expérience aussi vertigineuse que fascinante.

Le meilleur du mapping
On ne s’éternisera pas sur Prismatica, un ensemble de prismes colorés imaginé par le collectif canadien RAW Design, tant l’installation semble davantage convenir à un jardin d’enfants qu’à un parcours d’art contemporain. Mieux vaut consacrer son temps à la monumentale façade de la cathédrale Saint-Étienne, où est projeté un sublime best of des six meilleurs mappings ayant marqué l’histoire du festival ; ceux réalisés, entre autres, par par Yann Nguema (2017), Onionlab (2022), Flightgraf (2022) ou Ouchhh (2023). Cette spectaculaire rétrospective rappelle combien la programmation de Constellations a toujours rimé avec innovation.
- Festival Constellations, jusqu’au 05.09, Metz.