Nichée dans le planétarium de la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, la quatrième édition du festival Sous Dôme dévoile une sélection d’œuvres accessibles ou expérimentales, en images réelles ou numériques, allant de travaux d’étudiants à ceux de professionnels expérimentés, issus du monde entier. Voici un tour d’horizon à 360° d’une programmation qui ne se limite pas aux projections officielles !
Pour comprendre pleinement l’histoire du festival Sous Dôme, il faut remonter un peu le temps et s’arrêter en 2019. L’AADN, à Lyon, pilote alors un parcours de résidences dans plusieurs planétariums en France, dont celui de la Cité des sciences et de l’industrie. Les candidats ont pour objectif d’y développer des œuvres d’art immersives. « Nous avons alors réalisé qu’il n’y avait pas tant d’endroits en France où les artistes pouvaient s’exprimer en format fulldome. Pour y remédier, nous avons donc créé le festival Sous Dôme, organisé depuis le début en collaboration avec Jérémy Oury et l’association 36 degrés », précise Isabelle Chabanon-Pouget, cheffe de projets production audiovisuelle – Direction des expositions au Planétarium.
Moins connu et accessible que la VR, le fulldome fait pourtant lui aussi son effet. Comme le prouve ce festival, il existe une véritable communauté et tout un réseau spécialisé dans ce domaine, certes ancien mais toujours en plein développement. Reconnu à l’international, Jérémy Oury en est l’un des représentants majeurs. Désormais, les planétariums ne servent plus seulement à admirer les étoiles. Ils deviennent le théâtre de réjouissantes projections immersives à 360° !

Un festival tous publics
Pour composer sa programmation, le festival lance chaque été un appel à œuvres fulldome (avis aux amateurs). « Cette année, nous avons reçu une centaine de dossiers. Avec l’aide de l’association 36 degrés et Jérémy Oury, nous les avons tous épluchés pour en sélectionner finalement dix, répartis en deux programmes distincts, précise Isabelle Chabanon-Pouget. Un troisième programme a quant à lui été élaboré par 36 degrés et Jérémy Oury à l’occasion d’une carte blanche. Chacun d’entre eux est composé de cinq films ».
Le programme 1 – section « Découverte » – s’adresse aux enfants et aux novices, afin de répondre au public familial de la Cité des sciences et de l’industrie. L’accent est mis sur des œuvres accessibles, souvent liées à la nature ou à l’univers du jeu vidéo, parfois réalisées en animation. Ainsi, Biosphère de Florian Guibert (Belgique / Angleterre) nous emmène à la découverte des paysages naturels les plus spectaculaires de la planète, des profondeurs des océans aux sommets des montagnes : un voyage dépaysant garanti sans jet lag.
The Rift de 4Pi Productions (Royaume-Uni) nous transporte quant à lui au Zimbabwe, à la rencontre de danseurs qui tissent une harmonie fragile entre l’humanité et la Terre. Ça n’a peut-être l’air de rien dit comme ça, mais c’est là une excellente manière d’initier tous les publics à ce type d’immersion.

Le son pour prolonger l’expérience
Le programme 2 – section « Expérimentale » – est pensé pour séduire davantage les visiteurs aguerris, en quête de sensations fortes. Il réunit cinq œuvres très différentes, faites d’images de synthèse figuratives ou de formes géométriques abstraites, avec une attention toute particulière portée sur le son – du moins, parfois. À l’image de Phototrophe de Ludovic Finck et Manon Boucher (France), qui propose une lecture poétique et sensible du phénomène de photosynthèse chez les algues, rendue audible grâce à des hydrophones de haute sensibilité.
Cette création sonore plonge l’auditeur dans des milieux aquatiques souvent perçus comme silencieux – marais, étangs, rivières – mais en réalité foisonnants de vie et de vibrations invisibles. Indéniablement, le planétarium s’impose comme un lieu idéal pour ce type d’expérience, tant il permet d’en saisir toute la richesse, grâce à une projection pouvant atteindre la 8K et à un système sonore immersif (5.1 + zénith). Seul regret : que cette spatialisation verticale ne soit pas davantage exploitée par les œuvres présentées…
Des œuvres qui font croire à un ailleurs
Pensé sous la forme d’une carte blanche accordée à 36 degrés et à Jérémy Oury, le programme 3 rassemble des films plus pointus, parfois sombres ou chaotiques, à l’image de MACHINA de SARV et Alon Mor (France) ; lequel met en scène une structure fragmentée traversée par un spectre sonore évoquant un cœur battant qui impose son rythme comme un rituel mécanique. C’est déroutant, assez hypnotique, et tout bonnement d’une rare maîtrise !
Citons enfin Fermi Paradox, une œuvre de Jesús Baptista et Amadeo Savio réalisée lors de leur résidence en 2025 et présentée à l’occasion de la soirée de clôture. Foisonnante d’idées, l’expérience s’appuie ici sur le paradoxe de Fermi, concept philosophique et scientifique qui cherche à répondre à une question : « S’il existe des civilisations extraterrestres, pourquoi ne les avons-nous pas encore rencontrées ? ». Au regard des œuvres présentées lors de cette édition du festival Sous Dôme, nous pourrions croire qu’elles sont déjà parmi nous.