Présentée la semaine dernière à Art Basel dans le cadre de l’exposition Digital Masterpieces: From Code to Canon, l’œuvre 13/9/65 Nr. 2 (Hommage à Paul Klee) de Frieder Nake rappelle que l’art numérique a sa propre Histoire de l’Art. Longue, dense, et encore trop peu connue.
Avant les NFTs, avant le métavers, avant les modèles génératifs, il y a eu un traceur, un programme, et un mathématicien allemand qui décidait d’utiliser tout ces éléments à disposition pour faire de l’art. Nous sommes en 1965 quand Frieder Nake produit l’une des premières œuvres algorithmiques de l’Histoire, non pas comme une expérience, mais comme un geste artistique pleinement revendiqué. Soixante ans plus tard, la foire la plus puissante du monde lui réserve une place de choix. Et à raison.

Quand le calcul rencontre Klee
Comme son nom l’indique, l’œuvre, réalisée à l’aide d’un traceur piloté par un programme informatique, s’inspire donc d’un tableau de Paul Klee, Highroads and Byroad, peint en 1929. Dans un jeu de lignes verticales et horizontales qui s’entrecroisent, Frieder Nake réussit à reproduire le rythme presque hypnotique de la peinture originale. La subtilité ? Il n’utilise ni peinture, ni même sa main, mais bien les mathématiques. Se rencontrent alors un art ancien, et la naissance d’une toute nouvelle forme de création. Et c’est précisément cet entre-deux qu’a cherché à explorer Digital Masterpieces: From Code to Canon, en retraçant soixante-dix ans d’une Histoire de l’art numérique, trop longtemps restée dans l’angle mort des institutions.
Sans grande surprise, Frieder Nake y figurait en bonne position. Pour le commissaire Georg Bak, Hommage à Paul Klee incarne d’ailleurs ce moment charnière où le calcul s’imposait comme règle, procédure et système. Autrement dit, comme une forme artistique à part entière. Canonique au sens propre, 3/9/65 Nr. 2 (Hommage à Paul Klee) s’inscrit dans une toute nouvelle pratique : « L’art à l’ordinateur », grand père de ce que l’on nomme aujourd’hui « art numérique ». Une nouvelle manière de créer qui s’apprête alors à donner naissance à l’exposition fondatrice de 1968, Cybernetic Serendipity, à Londres, regroupant plusieurs artistes, dont Frieder Nake. Informaticien devenu artiste, ce dernier invente par la suite son propre programme afin de créer des œuvres uniquement basées sur des formes géométriques, matérialisées par des formules mathématiques complexes. La preuve, s’il en fallait une, que certains codes ne s’effacent pas.