Dans la droite lignée des compositions imaginées autrefois par Wendy Carlos, Forever Pavot (Émile Sornin dans le civil) a mis cette année un pied dans la science-fiction avec Melchior vol.1, un album pensé auprès d’un robot fabriqué à la main, à partir de matériaux de récupération.
Sachant que tu es habitué à bosser sur des instruments organiques, l’utilisation d’un robot t’a-t-il permis de créer autrement, de sortir tes habitudes ?
Forever Pavot : Je cherchais en effet une manière de me renouveler. Cela fait maintenant un peu plus de dix ans que je fais des albums et que j’utilise toujours un peu les mêmes recettes. J’avais besoin d’un truc pour me challenger et m’amuser. Y compris sur le plan visuel. Au sein d’une époque où l’on demande aux artistes d’être toujours plus présents sur les réseaux sociaux – ce qui me gonfle -, j’ai vu dans la création de Melchior une manière d’assumer tout ce travail autrement. Et puis il y a tout simplement quelque chose d’excitant à créer un robot.
J’ai l’impression que celui-ci t’a encouragé à tendre vers une musique nettement plus minimaliste que par le passé. Je me trompe ?
Forever Pavot : J’ai pris l’habitude de dire que ce nouvel album a été réalisé à quatre mains, mais la vérité, c’est ce que Melchior a véritablement donné la direction. Par le passé, on m’a souvent dit que ma musique était très dense, qu’elle contenait beaucoup d’informations, d’harmonies bizarres, avec des changements d’accords pas très orthodoxes et beaucoup de couches d’instruments. Là, j’ai pu aller naturellement vers une musique plus digeste, plus électronique, plus lisible, moins grandiloquente en termes d’arrangements. L’idée était de n’avoir pas plus de quatre ou cinq instruments par morceau. Quitte à élaguer quand ce n’était pas le cas.
Est-ce aussi une façon pour toi de ramener la technologie à son versant le plus DIY, plutôt que de verser dans des outils synonymes de toute-puissance et nettement plus énergivores ?
Forever Pavot : À l’inverse de ce que nous propose la société, je tiens effectivement à ce côté DIY, artisanal, à cet outil fabriqué de bric et de broc, à base d’objets récupérés dans des brocantes ou chez Emmaüs. Je reconnais ne pas avoir poussé la réflexion beaucoup plus loin au sujet de l’IA. Tout ce que je peux dire à ce propos, c’est que je n’y suis pas opposé, mais que ma proposition relève davantage du spectacle vivant que d’un véritable concert audiovisuel et numérique.
- Cette interview est initialement parue dans notre newsletter éditoriale #69.