Gaîté Lyrique, une institution « en grand danger »

Gaîté Lyrique, une institution « en grand danger »
La Gaîté Lyrique, en mars 2025 ©Bastien Ohier/Hans Lucas/AFP

Du 10 décembre au 18 mars, 400 jeunes ont occupé la Gaîté Lyrique, faute de logement, avant d’être expulsés et renvoyés dans la rue. Si le centre culturel n’a pas choisi cette occupation, elle n’a jamais caché son soutien au Collectif des Jeunes de Belleville. Et se trouve aujourd’hui dans une situation extrêmement tendue…

« Abandonnée par la Ville de Paris, la Gaîté Lyrique est en grand danger. » Sans détour, le centre culturel dédié aux cultures post-internet annonce la couleur sur les réseaux sociaux, ainsi que dans un communiqué. Depuis son occupation par des centaines de mineurs isolés, l’institution peine à se relever. Après avoir récupéré leurs locaux le 14 mai dernier, les équipes font le bilan. Et ce dernier n’annonce rien de bon. « L’établissement a été fermé pendant plus de 5 mois. La perte d’exploitation liée à cette fermeture, dans laquelle la Gaîté Lyrique SAS n’a strictement aucune responsabilité, est de près de 3 millions d’euros », indique l’organisation. Un coup dur, mais qui ne suffit pas à abattre la résiliante Gaîté Lyrique. Qui poursuit : « D’ores et déjà, la Gaîté Lyrique est mobilisée pour compenser et absorber une part significative de cette perte financière. Nous avons demandé à la Ville de Paris, propriétaire du bâtiment, un soutien exceptionnel pour accompagner cet effort. Le Conseil Municipal avait pris plusieurs résolutions en ce sens. »

Capture d’écran Instagram

Une décision incompréhensible

Après une période difficile, tout irait donc bien pour l’institution parisienne ? Et bien non. Dans ce fameux communiqué, on apprend que « la Ville de Paris fait volte face et refuse de participer au redressement économique de l’établissement. » Pour ce dernier, c’est « la douche froide. » La décision leur paraît « incompréhensible au regard des engagements pris, du rayonnement culturel de la Gaité Lyrique et de ses conséquences sociales immédiates sur le maintien de plus de 80 emplois. » En effet, le lien entre la Mairie de Paris et la Gaîté Lyrique s’était manifesté à plusieurs reprises : alors que le 18 mars 2025 (jour-même de l’évacuation), la maire de Paris rappelait sur France Inter le caractère « exceptionnel » de la Gaîté Lyrique et de son projet, le 9 avril suivant, c’est l’adjointe à la Culture, Carine Rolland, qui saluait l’accueil et la responsabilité de l’institution, précisant : « Il convient évidemment que nous puissions aujourd’hui accompagner l’établissement pour qu’il rouvre ses portes et accueille à nouveau le public dans les plus brefs délais. (…) Nous tiendrons donc – je tiens à être explicite sur ce point – les engagements pris dans le cadre du contrat qui nous lie sur la gestion et l’exploitation de l’établissement. Nous poursuivrons le dialogue de gestion avec le concessionnaire et pourvoirons à toute forme d’indemnité si elle est nécessaire. »

Le 9 mai dernier, la Ville de Paris a donc versé la subvention annuelle due dans le cadre du contrat de concession pour l’exploitation régulière de l’institution. Pourtant, contrairement à ses engagements publics, la Ville de Paris a fait savoir à la direction de la Gaîté Lyrique « qu’il n’y aurait pas de compensation financière à la perte d’exploitation exceptionnelle subie. » Alors si le centre culturel tient à préciser qu’elle ne demande pas à la Mairie de régler tous ses problèmes, elle lui demande par contre « de tenir ses engagements et de participer financièrement à sa reconstruction économique, et plus encore de protéger les emplois qui œuvrent au quotidien pour le rayonnement culturel de son institution. » Et, plus largement, de la capitale toute entière. 

À lire aussi
Gaîté Lyrique : tout ce que l'on sait de l'occupation de la salle parisienne
©Gaîté Lyrique
Gaîté Lyrique : tout ce que l’on sait de l’occupation de la salle parisienne
Depuis le 10 décembre, la Gaîté Lyrique est occupée par près de 400 mineurs isolés sans papiers, qui revendiquent leur droit au…
03 février 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
En studio avec 1024 Architecture : "Nous sommes des artistes de déformation"
©Rodolphe Escher
En studio avec 1024 Architecture : « Nous sommes des artistes de déformation »
En développant ses propres logiciels et en allant sans cesse plus loin dans ses recherches autour des croisements entre light art…
22 avril 2025   •  
Écrit par Maxime Delcourt
Olivier Ratsi : "L’immersion ne se résume pas à un espace où l’œuvre englobe le spectateur"
Portrait d’Olivier Ratsi ©Leslie Rosenzweig, avec l’aimable autorisation de la Galerie Bigaignon
Olivier Ratsi : « L’immersion ne se résume pas à un espace où l’œuvre englobe le spectateur »
Artiste visuel, cofondateur du collectif Antivj, Olivier Ratsi crée des dispositifs qui déconstruisent la perception d’un lieu en…
20 février 2025   •  
Écrit par Laurent Catala

Explorez
On fait le point. Que penser de la loi contre le "pillage" des œuvres culturelles par l'IA ?
MarIAnne
On fait le point. Que penser de la loi contre le « pillage » des œuvres culturelles par l’IA ?
Adoptée au Sénat, une proposition de loi tout juste adoptée pourrait renverser la logique du droit d’auteur. Un basculement discret, mais...
09 avril 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Gallica, dans les coulisses d'une des plus grandes bibliothèques numériques au monde
Cosmographie universelle, selon les navigateurs tant anciens que modernes, par Guillaume Le Testu.
Gallica, dans les coulisses d’une des plus grandes bibliothèques numériques au monde
Créée il y a près de 30 ans, la collection numérique de la Bibliothèque nationale de France renferme les plus gros secrets livresques du...
08 avril 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Le jour où Ralph Baer a inventé la première console de jeu vidéo
© The Ralph H. Baer Trust
Le jour où Ralph Baer a inventé la première console de jeu vidéo
Avant toutes les parties de PlayStation, il y a eu Ralph Baer, un ingénieur qui, au croisement des années 1960 et 1970, a modifié à...
07 avril 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Les années passent, et les artistes sud-coréens continuent de bousculer l'art vidéo
Sungsil Ryu, “BJ Cherry Jang 2018.9” © Luca Meneghel MASI Lugano
Les années passent, et les artistes sud-coréens continuent de bousculer l’art vidéo
Au MASI Lugano, en Suisse, l'exposition K-Now : Korea Video Art Today s'appuie sur l'art vidéo et la VR pour présenter le travail de huit...
03 avril 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Obvious : "On refuse d’être associés à des dérives capitalistes uniquement parce qu’on utilise l’IA"
© Obvious
Obvious : « On refuse d’être associés à des dérives capitalistes uniquement parce qu’on utilise l’IA »
Invité à prendre le contrôle du 74ème numéro de notre newsletter éditoriale, Obvious a souhaité raconter non seulement les coulisses de...
10 avril 2026   •  
Écrit par Maxime Delcourt
Ella Altman, l'artiste qui regarde le monde à travers les yeux de l'IA
© Ella Altman
Ella Altman, l’artiste qui regarde le monde à travers les yeux de l’IA
Réalisatrice, écrivaine, éditrice, musicienne et performeuse, Ella Altman raconte les histoires comme personnes, explorant les relations...
10 avril 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
« Le chant des sirènes », Justine Emard raconte la création de sa dernière œuvre immersive
“Le chant des sirènes", Festival NOÛS, 2026, BnF © Justine Emard
« Le chant des sirènes », Justine Emard raconte la création de sa dernière œuvre immersive
Présentée à l’occasion de la première édition du Festival NOÛS, Le chant des sirènes plonge dans les récits anciens de la BnF, raconte...
09 avril 2026   •  
Écrit par Maxime Delcourt
On fait le point. Que penser de la loi contre le "pillage" des œuvres culturelles par l'IA ?
MarIAnne
On fait le point. Que penser de la loi contre le « pillage » des œuvres culturelles par l’IA ?
Adoptée au Sénat, une proposition de loi tout juste adoptée pourrait renverser la logique du droit d’auteur. Un basculement discret, mais...
09 avril 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard