Exposé jusqu’au 11 janvier 2026 à LUMA Arles, l’artiste et cinéaste singapourien convoque archives visuelles et intelligence artificielle dans des installations multimédia relevant autant de la réalité que de la mythologie.
Il y a quelque chose de profondément éclairant à voir, dès l’entrée de La Mécanique Générale, à gauche, le script original de Ten Thousand Tigers, cette pièce de théâtre écrite et mise en scène en 2014. C’est un rappel. Un mémo. Le geste d’un artiste travaillant obstinément les mêmes thèmes – les mythes précoloniaux, la mémoire, le fantastique, notre compréhension du temps – avec un vrai sens de la dramaturgie.
Jour spectral et contes étranges, dit fort justement le titre de l’exposition de Ho Tzu Nyen à LUMA, présentée jusqu’au 11 janvier 2026. L’opportunité pour l’artiste et cinéaste singapourien de boucler une boucle, de prolonger d’anciennes œuvres – citons Endless Day (2011) complétée ici sous la forme du long-métrage Phantoms of Endless Day – en utilisant les possibilités offertes par les technologies algorithmiques et l’intelligence artificielle.

© Victor & Simon / Grégoire d’Ablon
Narration spirituelle
Aux lectures linéaires, Ho Tzu Nyen préfère à l’évidence les sous-entendus, la multiplicité des narrations. Ce qu’il expose, ce ne sont pas des faits, mais les spectres du passé colonial de l’Asie du Sud-Est, ces fantômes qui vivent en marge ou en creux des récits dominants, rendus plus troublants encore grâce à ces dialogues qui se réécrivent à chaque boucle. Qui parle ? Qui se souvient ? Et surtout, qui écrit l’histoire ?
Ces questions ne sont en rien superficielles. Elles constituent le cœur d’une exposition dont on ressort en ayant la sensation d’avoir assisté à une séance de spiritisme numérique. À moins qu’il ne s’agisse d’un de ces fameux rêves lucides, ces moments où l’on se sait pris dans une fiction mais où l’on continue malgré tout à y croire, encouragé ici par ces visages floutés, ces voix synthétiques et ces écrans d’où surgissent des flammes, dans le pur style de Bill Viola. On rêvait de trouver un successeur au vidéaste américain, un artiste capable d’insuffler dans ses vidéos une dimension spirituelle, charnelle et voluptueuse : avec Ho Tzu Nyen, on en a pour notre compte !
- Cet article a été initialement publié dans le 55ème numéro de notre newsletter éditoriale.