En 2001, alors qu’Internet n’en était encore qu’à ses balbutiements, le Whitney Museum ouvrait artport, un espace entièrement dédié au net.art. Vingt-cinq ans plus tard, l’institution new-yorkaise revient sur cette aventure avant-gardiste avec une exposition anniversaire, qui ouvrira ses portes le 21 novembre.
Tout commence par une fenêtre de navigateur. En 2001, le Whitney Museum lance « artport », un portail pensé comme une galerie en ligne, dédiée aux commandes d’œuvres de net.art et de nouveaux médias. L’ambition est d’offrir aux artistes un terrain de jeu propre au web, plutôt que de simplement documenter en ligne des œuvres pensées pour le white cube. Autant dire que le musée new-yorkais fait preuve ici d’un avant-gardisme sans pareil, bien qu’une filiation puisse être tissée avec The World’s First Collaborative Sentence, cette phrase collective et infinie imaginée par Douglas Davis qui préfigurait, dès 1994, les logiques du blog et de la contribution en ligne. Restaurée en 2012 pour redevenir fonctionnelle, celle-ci fait aujourd’hui figure d’ancêtre officieux d’artport. Une preuve irréfutable du caractère pionnier du Whitney Museum, qui flairait déjà la mutation numérique avant l’heure.

Raconter un quart de siècle de web
De cette matrice initiale sont nées trois grandes séries de commandes, qui structurent aussi bien le site que l’exposition à venir. Les Gate Pages, d’abord. De 2001 à 2006, chaque mois, un artiste était invité à concevoir une page-portail vers son propre univers en ligne. Vient ensuite le programme des Commissions proprement dites, toujours actif aujourd’hui, qui a vu défiler des œuvres travaillant le code, la visualisation de données, le récit non linéaire ou le worldbuilding. Sunrise/Sunset, enfin, a rythmé le site de 2009 à 2024 au gré des levers et couchers de soleil new-yorkais, avant de céder la place à On the Hour, qui marque désormais chaque heure pleine d’une intervention artistique de trente secondes. Ou quand le web remplace l’horloge.
Alors, pour son vingt-cinquième anniversaire, artport ne se contente pas d’un bilan rapide. Ça ne serait pas rendre justice à un tel dispositif ! À la place, une exposition XXL lui est consacrée au sixième étage du Whitney Museum, où plus de cent œuvres commandées depuis 2001 dialoguent entre elles, dans un espace pensé comme une succession de fenêtres de navigateur. Une sélection pensée par la curatrice spécialisée dans les arts numériques Christiane Paul, qui convoque aussi bien des pièces récentes, comme The Thinking Ocean de Memo Akten et Katie Hofstadter, que des références plus anciennes de l’histoire du net.art. Le clou du spectacle ? La création mondiale d’Human Unreadable Act III, performance générative du duo Operator qui refermera un triptyque chorégraphique entamé en 2023. Tout en apportant la confirmation que airport, 25 ans après sa création, ne cesse jamais de s’actualiser.