De passage aux Rencontres d’Arles, un arrêt par LUMA s’impose pour découvrir la dernière œuvre de Camille Henrot : In The Veins, une installation vidéo qui relie l’enfance au deuil, l’écologie à l’intime.
Il y a chez Camille Henrot l’envie de créer une tension, entre l’universel et l’intime, entre ce qui meurt à petit feu (l’humanité) et la naissance d’un enfant, entre ces animaux avec lesquels on interagit dès le plus jeune âge et leur probable disparition. Ce type de dissonance était déjà à l’œuvre il y a une dizaine d’années dans un film tel que Grosse Fatigue (2013) ou l’installation The Pale Fox (2014). Elle percute de nouveau sa dernière création, In The Veins, exposée à LUMA Arles jusqu’au 10 janvier prochain.
Celle-ci se présente sous la forme d’un film, dont les prémices remontent au confinement. La Française est alors fascinée par les petites veines qui apparaissent sur les paupières de son enfant : elle y voit une rivière, un éclair, les racines d’une plante, ce qui unit le corps humain aux éléments naturels, à la biologie, à ce que Baptiste Morizot définit comme nos « manières d’être vivant ».

Une œuvre sur plusieurs temps
Face à In The Veins, on pense d’ailleurs souvent aux mots du philosophe, et notamment à ce passage : « Nous avons tous, nous vivants, un corps épais de temps, fait de millions d’années, tissé d’aliens familiers, et bruissant d’ancestralités disponibles ». Refusant de choisir entre la clarté narrative et l’abstraction poétique, Camille Henrot se joue elle aussi de cette conception du temps, qu’elle imagine tour à tour linéaire et cyclique, et qu’elle représente parfois de façon très concrète – pensons ici aux gros plans sur les gâteaux d’anniversaire.
À la fois méditatif et conceptuel, In The Veins témoigne de la capacité de Camille Henrot à traduire des problématiques pointues – puisées dans l’anthropologie, la psychologie et l’écologie – en expériences sensibles, en aucun cas catastrophiques. L’artiste pluridisciplinaire sait parfaitement que 70% de la faune sauvage a disparu entre 1970 et 2018, mais l’espoir demeure, et s’incarne ici le temps d’une scène (un oisillon posé dans une feuille de journal), d’un jeu de lumière, d’un enfant qui rit, d’une mélodie bienfaitrice. Un peu comme si la beauté du vivant trouvait chez elle une certaine forme d’éternité, car préservée, soignée et tenue à bonne distance de la violence des systèmes humains.
- Cet article est extrait du n°80 de notre newsletter éditoriale.