Réalisateur et artiste britannique d’origine antillaise, Isaac Julien a dédié sa carrière à la mise en lumière des histoires noires et asiatiques, aussi bien à travers le cinéma que l’art vidéo, via des œuvres présentées au sein des plus grandes institutions du monde. Alors que paraît une monographie, on remonte le fil.

1983 : Création du Sankofa Film and Video Collective
Associé à un groupe d’artistes encore étudiants au sein d’écoles d’art londoniennes issus des diasporas africaines, caribéennes et asiatiques, Isaac Julien cherche, aux côtés de ses camarades (Nadine Marsh-Edwards, Maureen Blackwood, Martina Attille et Robert Crusz), à créer un espace pour la représentation d’une multitude d’expériences noires au cinéma. Leur premier projet ? Une série de projections et de conférences ouvertement politiques, au nom forcément équivoque : Power/Control.
Cette conviction encourage Isaac Julien à se rapprocher tout particulièrement de Maureen Blackwood, avec qui il imagine un scénario mêlant deux points de vue : quand l’un aborde la question des espaces culturels des hommes noirs homosexuels de part et d’autre de l’Atlantique, l’autre interroge l’histoire du militantisme et le rôle des femmes noires dans cette histoire. Le style Isaac Julien est né !

1989 : Looking For Langston
Articulé autour de la vie et de l’héritage de l’auteur afro-américain et activiste Langston Hughes, le film Looking For Langston, étiré sur 45 minutes, offre une plongée lyrique en noir et blanc dans l’une des figures phares de la Renaissance de Harlem. Soutenu par le critique de cinéma et commissaire d’exposition Mark Nash, l’oeuvre s’appuie sur tout un travail de recherche afin de reconstituer l’ambiance si particulière de l’expression artistique de ce mouvement afro-américain.
Oeuvre majeure de ce que l’écrivaine étatsunienne B. Ruby Rich nomme le « nouveau cinéma queer », Looking For Langston est aujourd’hui étudié dans les plus grandes universités américaines, presque comme un manifeste.

2000 : Turner Prize pour Vagabondia
Filmée dans le décor vibrant du Sir John Soane’s Museum de Londres, l’installation Vagabondia trouve sa source dans les recherches du réalisateur en Histoire de l’Art, et interroge non seulement cette discipline, mais également le cinéma et d’autres domaines culturels à travers le prisme du colonialisme et des divers mouvements de population à travers l’histoire. Primé au Turner Prize, le film suit une conservatrice noire imaginant les récits cachés derrière les pillages qui ont constitué les plus grandes collections muséales. Puissant, et nécessaire !

2010 : Ten Thousand Waves
En 2004, à Morecambe Bay, en Angleterre, 23 travailleurs chinois sans-papiers ont été emportés par la marée. Un fait divers qui inspire à Isaac Julien l’installation multi-écrans Ten Thousand Waves ; laquelle, en faisant le lien entre cette histoire et une légende chinoise du XVIe siècle portée sur le sauvetage de marins par Mazu, déesse de la mer, tisse des liens entre le passé, le présent et l’avenir de la Chine.
Tourné à Shanghai, ainsi que dans la province du Guangxi, le film s’appuie sur la présence de grandes personnalités issues des différentes scènes culturelles du pays, comme les actrices Maggie Cheung et Zhao Tao ou l’artiste Yang Fudong. Une réussite, encore et toujours !

2025 : Publication de la monographie I Dream a World
Star d’une gigantesque monographie retraçant plus de vingt ans de carrière au Musée des Beaux Arts de San Francisco, Isaac Julien en a profité pour dévoiler un ouvrage rétrospectif du même nom, revenant sur son art, mais aussi et surtout, ses engagements. De la sexualité à la politique, en passant par ses expériences personnelles, I Dream a World est bien plus qu’un énième ouvrage d’art. C’est un guide à travers l’Histoire, une étude approfondie de ce qu’un réalisateur a non seulement apporté au 7ème art, mais également à l’humanité toute entière.