Joan Jonas : 5 dates clés d’une carrière au service de la performance

30 mai 2024   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Joan Jonas : 5 dates clés d'une carrière au service de la performance
Joan Jonas ©Moira Ricci

Née en 1936 à New-York, Joan Jonas commence sa carrière d’artiste comme sculptrice avant de se tourner vers la performance et la vidéo dès les années 1960. Depuis, l’Américaine s’illustre par une pratique protéiforme et complexe, en opposition à un minimalisme très longtemps en vogue aux États-Unis. Retour sur la carrière d’une pionnière en cinq dates.

1969 – Mirror Piece

Alors qu’elle commence à s’intéresser à la performance à la fin des années 1960, Joan Jonas se passionne pour le miroir comme dispositif, qui lui permet d’explorer les notions de représentations et ainsi brouiller les frontières entre artiste et spectateur. « Le miroir était pour moi une métaphore. Un dispositif pour modifier l’image et inclure le public comme reflet, le mettant mal à l’aise lorsqu’il se voit en public », confie-t-elle. De cet attrait pour la réflexion naît la série Mirror Piece entamée en 1969 dans laquelle Jonas met en scène un un groupe d’interprètes face à un public tenant des miroirs et des vitres en plexiglas, offrant un ensemble visuel complètement fragmenté. 

Mirror Performance III, 1969 – Galleria Raffaella Cortese ©Joan Jonas

1973 – Songdelay

Songdelay est l’une des premières performances filmées en plein air de Joan Jonas. Basée sur sa performance Delay Delay (1972), et reprenant les codes déjà utilisés dans Mirror Piece, cette oeuvre s’intéresse tout particulièrement au travail de quatorze artistes ayant dessiné des formes sur le bord de l’Hudson River à l’aide de bout de bois, puis utilisé des miroirs pour réfracter la lumière du soleil sous les yeux d’un public, cette fois-ci éloigné. Pour parvenir à un tel résultat, esthétique et physique, la vidéaste américaine utilise ici une pléiade d’objectifs grand angle et téléobjectifs, toujours dans le but de disloquer l’espace et de troubler notre perception de celui-ci.

2004 – The Shape, The Scent, The Feel of Things

Tourné en Arizona, The Shape, The Scent, The Feel of Things se penche sur la multiculturalité des États-Unis. « Le Sud-Ouest est un parfait exemple de différentes cultures superposées et juxtaposées, relate-t-elle. Je suis bien sûr très intéressé par la manière dont les histoires sont racontées. C’est ce que nous faisons : nous racontons des histoires. » Inspirée par la poésie, la littérature et les traditions, les rituels et les mythologies du monde entier, The Shape, The Scent, The Feel of Things se présente dans un ensemble scénographique complexe. Projetée sur cinq écrans distincts disposés comme une installation, la vidéo de Jonas s’accompagne également de pièces puisées dans ses sculptures et ses dessins. Traduction : l’œuvre est ici à l’image de son art, générateur d’un fascinant brassage culturel.

The Shape, The Scent, The Feel of Things, 2004 ©Joan Jonas/Paula Court

2015 – Biennale de Venise

Invitée à représenter les États-Unis lors de la Biennale de Venise en 2015, Joan Jonas investit les cinq galeries du pavillon américain grâce à sa vidéo They Come To Us Without a Word, présentée encore une fois comme une installation dotée de deux écrans, Ce que l’on y voyait ? Des plans oniriques d’enfants et de jeunes adolescents s’adonnant à des jeux de rôle faisant face à des vidéos de paysages, ainsi que des scènes sans protagonistes, également tournées par l’artiste. Associées par paires, ces vidéos étaient censées répondre aux thématiques de chaque salle, l’une étant ornée d’un motif d’abeille, l’autre étant décorée d’une fresque de poissons, etc. Une fois encore, l’ensemble audiovisuel est ici accompagné de miroirs sur pieds fragmentant l’espace, mais également d’une bande-son s’appuyant autant sur une narration parlée que sur la musique d’ambiance signée Jason Moran et Ánde Somby. 

2024 – Rétrospective au MoMA

Célébrant cinq décennies d’activité, la grande monographie accordée par le MoMA à Joan Jonas (Good Night Good Morning) revient sur la carrière prolifique de l’artiste, de même que sur les thèmes qui n’ont jamais cessé de l’inspirer. Performance, technologie, mais aussi écologie, paysage, littérature et voyage : tout est exploré dans cette rétrospective (la plus grande jamais accordée à l’artiste). Si les vidéos de performances et les installations s’enchaînent, l’exposition présente également des dessins, des photographies, des carnets et des histoires orales de l’Américaine, comme pour rappeler une énième fois la vision, riche et diverse, de cette pionnière de la performance filmée.

Still from Double Lunar Dogs. 1984. Video (color, sound), 24 min. MoMA, New York ©Joan Jonas/Electronic Arts Intermix (EAI)

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