Présenté en première mondiale au sein de la compétition immersive du Festival de Cannes, le documentaire interactif du réalisateur marseillais Ugo Arsac a remporté le Prix de la « Meilleure œuvre immersive », décerné par un Jury présidé par la chorégraphe Blanca Li.
Depuis sa création en 2024, la Compétition Immersive du Festival de Cannes s’est imposée comme la vitrine mondiale d’un nouveau cinéma. Portée par le CNC, cette sélection officielle rassemble chaque année des œuvres qui mobilisent la XR, la projection vidéo, la réalité augmentée et d’autres technologies de calcul spatial pour tenter d’abolir, toujours un peu plus, la frontière entre fiction et réalité. Pour cette troisième édition, neuf projets issus de huit pays se disputaient la récompense ultime. Et le grand vainqueur est, roulements de tambour… Katábasis, le documentaire interactif d’Ugo Arsac.

Orphée sous Manhattan
Le titre dit tout, ou presque. Katábasis – en grec ancien, « la descente vers les enfers » -, entraîne le spectateur dans les entrailles souterraines de New York et les fait se balader entre les tunnels oubliés et autres galeries d’évacuation où vivent, travaillent et se dissimulent des êtres que la surface ne voit pas. Des « storm drains » qu’Ugo Arsac, artiste numérique formé aux Beaux-Arts, aux Arts Décoratifs de Paris et au Fresnoy, a lui-même arpenté, lors d’expéditions parfois dangereuses.
De ces explorations menées par ce passionné d’urbex naît une œuvre à la frontière du documentaire et de la poésie urbaine, nourrie notamment par les travaux de l’anthropologue Terry Williams sur les vies souterraines new-yorkaises. Les récits récoltés se croisent, se heurtent et se répondent, dessinant un portrait intime d’une Amérique polarisée vue depuis ses fondations. « Ses entrailles », pour reprendre les mots d’Ugo Arsac.


« Une œuvre profondément humaine »
Réalité virtuelle, projection vidéo, installation… L’œuvre peut durer entre dix et quarante-cinq minutes, selon les bifurcations choisies par chaque visiteur. « On en arrive à une œuvre qui a vraiment un début, une fin, et entre ce début et cette fin, on peut vivre plein d’histoires différentes », s’amuse le réalisateur. Pas de récit figé, donc, mais un parcours narratif ramifié, reconstruit à chaque session grâce à des scans 3D et des systèmes génératifs.
Développé sur trois ans avec le soutien de la Villa Albertine et du CNC, le projet s’est appuyé sur une équipe pluridisciplinaire, avec notamment, au générique Antoine Boucherikha au design audio, Benjamin Kuperberg au développement et Mounir Ayache pour la 3D. Un travail titanesque salué par Blanca Li, présidente du jury, qui y voit une œuvre « magnifique, profondément humaine, authentique et émotionnellement puissante, qui nous permet de nous reconnecter avec ce qui unit des êtres humains apparemment ordinaires ». Chapeau, l’artiste !