Décidément, partout en Europe, la culture est mise à mal. La preuve en Belgique, avec l’annonce de la future fermeture de La Centrale, l’un des plus grands centres d’art de Bruxelles. On vous explique.
C’est officiel : l’exposition consacrée à l’artiste Michel Couturier, décédé en 2024, sera la dernière de la Centrale, qui fermera ses portes en février prochain après vingt ans d’activité, laissant son équipe de vingt personnes sur le carreau. Annoncée par le Bourgmestre Philippe Close, cette décision aurait été prise – sans concertation, c’est à préciser – « pour préserver le reste des institutions ». Car la disparition de la Centrale est surtout une conséquence d’une crise plus large qui touche le secteur de la culture en Belgique.
« En fermant La Centrale, la Ville de Bruxelles fait plus que réduire son offre culturelle : elle envoie un signal inquiétant sur la place future de la culture dans l’espace public, résume un article de BX Dévie, À Bruxelles comme ailleurs, la question dépasse le centre d’art contemporain : elle touche à une vision de société. La culture n’est pas une dépense superflue. Elle est un bien commun. Et elle semble aujourd’hui, plus que jamais, devoir se battre pour le rester. »

Une crise de la culture sans pareille en Belgique
Cet été, la ville de Bruxelles a en effet annoncé une réduction de 15 à 20 % de son budget Culture pour 2026. Des mesures drastiques qui ont déjà touché des institutions majeures comme le KVS et le Théâtre Royal du Parc ; lesquels, toujours d’après BX Dévie, sont désormais « sommés de puiser dans leurs réserves financières pour compenser la baisse des moyens ». Mais attention : c’est bien tout le pays qui est touché par cette crise : en octobre dernier, suite à une réforme du gouvernement flamand, le Museum van Hedendaagse Kunst, à Anvers, s’est vu retirer son statut de musée, quand la Médiathèque Nouvelle, une institution d’Auderghem vieille de plus de 70 ans, a également annoncé sa fermeture, entraînant la suppression de cinquante-cinq emplois.
Cette politique de la coupe, Pascale Salesse, directrice de la Centrale, la déplore ouvertement dans les colonnes de Libération : « Partout nous sommes attaqués. Malheureusement, il y a des coupes budgétaires dans tout le mille-feuille au niveau communal. C’est vrai qu’il y a un vivier à Bruxelles qui dépend des subsides, mais le moratoire pour ne plus subventionner de nouvelle association jusqu’en 2028 et la diminution de 13 millions d’aides à la production vont impacter tout le tissu des arts plastiques. Ce qui nous arrive n’est pas propre à la Centrale. » En parallèle, et paradoxalement, de nouveaux « musées » sortiront bientôt de terre, comme le musée de la bière, soutenu par le maire de Bruxelles, qui, il l’espère, attirera un grand nombre de touristes. Autrefois ville culturelle et de l’innovation, Bruxelles tendrait-elle à devenir un nouveau Paris, où les expériences Instagrammables priment sur la qualité de la curation ? L’inquiétude est réelle.