Publié au printemps dernier, La Simulation : enquête sur la théorie qui fascine la Silicon Valley réussit l’exploit d’être à la fois un polar de science-fiction et un livre-reportage nourri d’entretiens réalisés sur place, en Californie, là où notre rapport à la réalité pourrait bien changer à tout jamais.
Et si notre réalité n’était qu’une simulation informatique ? Intrigués par cette théorie, deux milliardaires de la Tech, Elon Musk et Sam Altman, ont embauché au mitan des années 2010 des scientifiques afin de la prouver, persuadés que le monde tangible, tel que nous le connaissons, serait le résultat d’une succession de données générées par des algorithmes. Lorsqu’il prend connaissance de ces rumeurs – développées également par Quentin Dupieux avec Le vertige, présenté à Cannes cette semaine -, Loïc Hecht décide de se rendre à San Francisco, au cœur de la Silicon Valley, afin de rencontrer des scientifiques, des ingénieurs et des mathématiciens, tous passés par la NASA, Berkeley ou le MIT, tous (ou presque) prêts à soutenir cette idée d’un monde « qui n’existe pas ». « Nous sommes très probablement dans une simulation » ; tels sont les mots, prononcés avec le plus grand des sérieux par Elon Musk.
Au cours de son enquête, le journaliste français entend dix mille théories, comme quoi des officines de la CIA travailleraient sur des expériences paranormales, comme quoi les « rêves lucides » permettraient d’explorer cette dimension inconnue, comme quoi l’être humain serait dans l’erreur depuis toujours ; ce qu’il perçoit comme de la conscience n’étant au fond qu’une grande illusion…

Aux frontières du réel
Mais le véritable sujet de La simulation, on le comprend assez vite, est l’IA, dont la présence et la puissance de frappe nous oblige à repenser un pan entier de notre éthique. « Nous sommes arrivés à un point de l’histoire où science et spiritualité semblent enfin converger », conclut l’auteur, au terme d’un reportage qui l’aura vu passer du scepticisme à la curiosité, citer Matrix ou Le Héros mille et un visages de Joseph Campbell, ou encore tomber, à la manière d’Alice, dans un vaste terrier peuplé de personnalités aux propos tour à tour lunaires et confusants.
Le lien avec l’art numérique ? Il est dans les technologies évoquées, dans le rapport altéré au monde réel, dans ces échanges toujours plus poussés avec des IA conversationnelles et, finalement, dans cette conviction que les innovations en cours peuvent engendrer des expériences et des trips métaphysiques complètement inédits.
- Cet article est extrait du n°77 de notre newsletter éditoriale.