Avant toutes les parties de PlayStation, il y a eu Ralph Baer, un ingénieur qui, au croisement des années 1960 et 1970, a modifié à jamais notre façon de nous divertir avec la console Magnavox Odyssey. Flashback.
Jusqu’au 1er novembre 2026, la Philharmonie de Paris passe en mode gaming avec l’exposition Video Games & Music, un hommage labyrinthique et grand public aux musiques de jeu vidéo, qui débute par un tunnel et un cartel. Accroché à quelques centimètres de vieilles consoles, celui-ci dévoile un nom, celui d’un homme sans qui un tel évènement n’aurait jamais été possible : Ralph Baer, inventeur de la première console de jeu vidéo.
Né en 1922 en Allemagne, contraint de fuir le nazisme, Ralph Baer arrive aux États-Unis avec une idée fixe : comprendre les machines. Une obsession qui le mène, très logiquement, à obtenir un diplôme de technicien de maintenance en radiophonie grâce à des cours par correspondance, puis à débuter une carrière de réparateur – dès 1943, il est toutefois enrôlé comme membre du service de renseignement militaire américain, à Londres. De retour sur le sol américain trois ans plus tard, Ralph Baer finance son Bachelor of Science de l’American Television Institute of Technology de Chicago grâce au programme G.I Bill, dédié à l’éducation des vétérans, et se spécialise dans l’ingénierie d’un tout nouveau médium : la télévision.

L’homme qui ne voulait pas juste regarder la télé
Fou du petit écran, Ralph Baer travaille d’abord pour Loral Electronics, en 1951, où il commence déjà à émettre l’idée d’intégrer des jeux aux téléviseurs, sans que cela ne séduise son employeur. Il rejoint ensuite Transitron Inc. en 1952 comme ingénieur en chef avant d’en devenir le vice-président, puis est engagé par la société d’électronique militaire Sanders Associates en la qualité d’ingénieur en chef du département « equipment design » en 1966. C’est là que tout débute : ce vieux projet, mis au placard le temps de grimper les échelons, ne l’a en réalité jamais vraiment quitté. Joueur et curieux d’expérimenter le médium, Ralph Baer imagine alors avec un collègue alors un boitier électronique capable de se brancher au téléviseur, sur lequel on pourrait installer des jeux. C’est ainsi que naît Chase Game, qui connaîtra mille et une vies jusqu’à la mise en place d’un septième prototype, baptisé la « Brown Box ».
Il s’agit ni plus ni moins de l’ancêtre direct de la Magnavox Odyssey, commercialisée en 1972, qui est en réalité la première console de salon de l’histoire. L’écran n’affiche que quelques points lumineux. Il n’est pas encore question de son, mi même de mémoire. Mais déjà, une promesse pointe le bout de son nez : oui, on peut jouer avec l’image. L’idée séduit, si bien que plus de 340 000 consoles Odyssey seront vendues jusqu’en 1975, une année au cours de laquelle différents modèles simplifiés viennent s’emparer des séjours des consommateurs, les Odyssey 100 et 200.
Le jeu vidéo à la maison est né
Aujourd’hui, que reste-t-il vraiment de cette boîte rudimentaire ? En réalité, tout. Absolument tout. Les manettes, les jeux de sport, le principe même d’interaction homme-machine… C’est simple : Ralph Baer a a posé les bases de ce qui deviendra une industrie mondiale. Même le célèbre Pong d’Atari s’inspirera directement de ses expérimentations ! Et si, depuis, les consoles n’ont cessé de se réinviter, il faut se rappeler que derrière chacune de ses déclinaisons réside une petite trace de cette première étincelle. Plus encore, l’ingénieur a carrément changé notre rapport à l’écran. Regarder n’était plus suffisant. Il fallait agir, participer, ressentir… Aujourd’hui, ce sont des mondes entiers qui naissent sous nos doigts, jusqu’à influencer la programmation des institutions. La preuve à la Philharmonie de Paris.
- Video Games & Music, jusqu’au 01.11, Philharmonie de Paris.