« Le Rayon extraordinaire », la belle exposition de Flavien Théry et Fred Murie

"Le Rayon extraordinaire", la belle exposition de Flavien Théry et Fred Murie
“Le rayon extraordinaire” ©Flavien Théry et Fred Murie

Jusqu’au 19 juillet, l’Espace Multimédia Gantner accueille onze créations hybrides du duo français, toutes animées par l’envie de comprendre la polarisation de la lumière. Un phénomène imperceptible à l’œil humain.

« On s’est aperçu que nos pratiques pouvaient être complémentaires et nous amener à développer des projets qu’on n’aurait pas menés individuellement », explique Flavien Théry à propos de sa collaboration avec Fred Murie. Si le premier, diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg, s’intéresse à l’art optique et la matière, le second, issu d’une formation scientifique, s’est tourné vers la peinture, puis les expérimentations numériques. Ensemble, ils forment l’entité Spéculaire, à travers laquelle ils développent des projets nourris de leurs univers respectifs.

Aujourd’hui, c’est avec Le rayon extraordinaire que le duo prend un tournant. Né lors d’une résidence Art & Science à l’université de Rennes 1, au cours de laquelle le duo a pu entamer un dialogue avec le chercheur Julien Fade, ce travail se déploie sous la forme d’une vingtaine de réalisations explorant le phénomène de polarisation de la lumière, provoqué par le cristal de Calcite séparant la lumière en deux rayons, ordinaire et extraordinaire. Multipliant les techniques et formats, ces productions vont de la sculpture à la vidéo, de la tapisserie numérique à la peinture, accompagnées d’une composition originale du musicien Thomas Poli, incarnée sous la forme d’un disque vinyle d’une durée de 42min. Le public est ainsi plongé dans une immersion sonore qui prolonge l’expérience visuelle et invite le visiteur à ralentir son regard, ressentir l’espace.

Quand la science fait art

Si le vocabulaire et les notions scientifiques mobilisés au sein de l’exposition peuvent en impressionner certains, qu’ils soient rassurés : la complexité du sujet présenté s’éclaircit au fil des œuvres et, progressivement, se dissipe au profit de la contemplation. Il ne s’agit pas toujours de tout comprendre, mais bien d’admirer la beauté des phénomènes physiques se déployant sous nos yeux.

En atteste l’installation Cristaux liquides, film réalisé avec l’aide du chercheur Yann Mollard, transposé sur une dalle de verre. On y observe une captation en temps réel de la transition desdits cristaux à la suite d’un échauffement ou refroidissement soudain vers des formes organiques, rappelant celles de cellules. Les figures abstraites qui s’y dessinent prennent l’aspect de peintures en mouvement, hypnotisant celles et ceux qui s’y attardent. Au sein du parcours, de nombreuses autres créations fascinent par leur apparence, leurs teintes, les illusions qu’elles provoquent. Ainsi la sculpture en plexiglas Dear Brewster, hommage au physicien éponyme, ou encore l’installation vidéo À la surface des ondes, simulant une eau animée par le déphasage entre deux ondes, nous transportent-elles dans la magie de la science.

Vue 3D d'un œil aux teintes orangées.
L’œil était dans la pierre ©Flavien Théry et Fred Murie
Un énorme cristal place dans un tube et passé aux rayons lasers.
Le rayon extraordinaire ©Flavien Théry et Fred Murie

Révéler l’invisible

C’est un tout autre monde qui se manifeste et doucement se construit sur les murs de l’exposition. Un monde aux modes de communication et d’apparition imperceptibles pour l’être humain. Flavien Théry et Fred Murie se proposent ainsi de le rendre visible, d’en matérialiser les possibles. Quitte à en révéler des aspects particulièrement inquiétants, comme c’est le cas dans Les renversants, deux vidéos représentant des animaux naturalisés perçus à travers l’analyse 3D de la lumière polarisée qu’ils renvoient. Les oiseaux qu’on y découvrent se transforment en des êtres-paysages étranges, reproduisant le basculement de l’image lue à l’espace perçu.

Les deux artistes nous donnent également à voir – et non à entendre – certains langages échappant à la compréhension de l’Homme. La seiche, par exemple, possède un épiderme dont les cellules parviennent à coder la lumière, et, en la réfléchissant, à émettre des signaux à son espèce. Cherchant à la traduire visuellement, Flavien Théry et Fred Murie ont choisi de la tisser sur une tapisserie numérique intitulée Le secret. Sans doute l’univers, tant micro que macroscopique, nous en réserve bien d’autres encore, dans l’attente d’être dévoilés.

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