Premier film d’animation de Quentin Dupieux, Le Vertige est aussi et surtout une œuvre collective née d’une rencontre improbable entre un cinéaste vénéré et cinq jeunes diplômés des Gobelins. Retour sur un chantier artisanal présenté en clôture de la Quinzaine des cinéastes à Cannes.
Avec Le Vertige, Quentin Dupieux réalise à priori ce pourquoi on le connait, et s’appuie sur un pitch fidèle à son sens de l’absurde. Jacques débarque chez son ami Bruno à six heures du matin pour lui annoncer que l’humanité vit dans une simulation. Dès lors, plus rien ne sera jamais pareil, le réalisateur français profitant de cette soudaine révélation pour franchir un pas inédit dans sa filmographie : celui de l’animation. Non pas celle de Disney ou de Pixar, mais celle d’un cinéma artisanal, qui se fiche de la haute définition comme des derniers logiciels en vogue. Porté par les voix d’Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier, Le Vertige revendique en effet une esthétique tout droit sortie d’un GTA : Vice City, et des jeux vidéo édités sur PlayStation 2 du milieu des années 1990.
Cinq diplômés, un logiciel libre et un iPhone
À n’en pas douter, Le Vertige n’aurait pas pu voir le jour sans cinq jeunes diplômés des Gobelins qui, aux côtés de Quentin Dupieux, ont mis en place une méthode lui permettant de filmer comme sur un plateau de cinéma classique grâce à des caméras virtuelles repositionnables à volonté. L’artiste 3D Yann Roussel, les motion designers Max Nicolas, Rémy Alleman, Solane Duval et Léo Pouliquen (déjà présent au casting de Daaaaaalí! et Yannick) ont ainsi pris en charge l’essentiel de l’animation, entièrement réalisée sous Blender. « On posait des caméras virtuelles et je les plaçais pour que ça ressemble à mes films, sans aller dans la surenchère, résume le réalisateur pour Trois Couleurs. Avec l’animation on peut tout faire, mais moi je suis resté dans une mise en scène avec peu de possibilités. » Si Alain Chabat et compagnie ont donc été transformés en personnages 3D, c’est donc moins par coquetterie esthétique que pour prendre le contre-pied délibéré des standards de l’animation contemporaine.
Un rendu volontairement défectueux qui devient précisément la force du film, lui aussi relativement bancal dans sa construction. « Si j’avais utilisé la motion capture façon Avatar, on aurait eu des mouvements presque parfaits : cela aurait été un autre film. Nous, on s’est embarqué dans un truc complètement artisanal. Sur le tournage, on faisait juste de la motion capture avec un iPhone et un petit logiciel. Donc c’est foireux, il y a des bugs, et c’est ce que je voulais : un truc fragile et touchant », poursuit Quentin Dupieux, comme pour rappeler que la capture de mouvement repose chez lui sur un dispositif minimaliste : sur le tournage, les acteurs ont en effet joué leurs scènes via une application iPhone et un outil de mocap basique, leurs performances étant ensuite transférées sur des modèles 3D peu détaillés. La preuve qu’avec une petite équipe et un petit budget, on peut encore faire de grands films d’animation.
- Le Vertige de Quentin Dupieux (Fr., 2026, 1 h 07). En salle le 10 juin.