Le musée britannique a acquis la toute première vidéo téléchargée sur YouTube, le 23 avril 2005. Intitulée Me at the Zoo, celle-ci est aujourd’hui exposée au sein de ses collections permanentes.
Un fragment du web, simple, court, presque anodin, s’installe pour la première fois dans les galeries d’un musée de renom. Bienvenue à l’ère où l’ordinaire se hisse au rang d’exception. En effet, le Victoria & Albert Museum, à Londres, vient d’annoncer l’acquisition de « Me At The Zoo », un clip de dix-neuf secondes filmé devant un enclos d’éléphants et posté le 23 avril 2005 par le cofondateur de YouTube, Jawed Karim. Un tout premier fragment de mémoire numérique, reconstitué dans sa forme initiale – les nostalgiques seront ravis de retrouver l’interface d’origine de la plateforme -, qui trouve toute sa place entre artefacts et autres chefs-d’oeuvres de l’Histoire de l’Art.
Une acquisition originale, mais qui fait sens
« Il est étrange d’imaginer une plateforme aussi familière que YouTube exposée dans un musée, admettent les équipes du Victoria & Albert Museum. Étrange, peut-être parce qu’elle n’est pas considérée comme ancienne (selon les critères muséaux) ni même comme un objet physique – deux caractéristiques traditionnellement associées aux collections muséales –, mais aussi parce qu’elle a été extraite de son environnement quotidien : l’accès et l’interaction avec son contenu sur nos propres appareils. » À en croire le V&A, son acquisition s’inscrit pourtant dans l’histoire même du musée : celle de documenter le passage de l’homme sur Terre, peu importe les époques.

Aux origines du web social
« Dans ce nouveau contexte, l’objet acquiert une autre dimension. Il s’agit moins des vidéos individuelles mises en ligne, visionnées, aimées, commentées et partagées, que de sa propre histoire et du rôle important qu’elle a joué dans la transformation des modes de rassemblement des individus et des communautés autour du contenu. » Car oui : le musée n’a pas simplement accroché une vidéo sur un mur. Pendant dix-huit mois, son équipe de conservation digitale a collaboré avec l’équipe UX de YouTube et le studio oio afin reconstituer, pixel par pixel, la page telle qu’elle apparaissait en décembre 2006, la plus ancienne version disponible. Une interface connue de tous, où des boutons cliquables, des barres de défilement et des bannières publicitaires resurgissent comme autant de fossiles d’une époque révolue qui a façonné le web social.
L’installation, présentée dans la galerie « Design 1900-Now », invite ainsi les spectateurs à contempler l’évolution vertigineuse des écrans. Quel sens donnons-nous aux images ? Comment un seul plan devant des éléphants est-il devenu le miroir de nos vies connectées ? Questions, souvenirs et poésie numérique se mêlent ici, dans un espace unique où l’art rencontre notre propre histoire culturelle. Pas de doute : au Victoria & Albert Museum, la mémoire numérique trouve enfin sa place.