Présenté lors du Festival NOÛS, le film Les affinités aléatoires interroge la fabrication des images et des récits à l’ère de l’intelligence artificielle. Entre cinéma et simulation, cette expérience a été réalisée par des étudiants de l’École des Arts de Cergy (ENSAPC) et de l’ESSEC Business School.
Imaginé au cours d’un programme conjoint expérimental qui réunissait des étudiants de l’École des Arts de Cergy (dont Elouan Le Bars)et de l’ESSEC Business School, Les affinités aléatoires est un projet qui se situe à la croisée du cinéma génératif et du jeu vidéo. Reposant sur un corpus de films tournés à Cergy-Pontoise, le court-métrage, supervisé l’artiste Jeff Guess et Guillaume Chevillon, questionne la notion de Ville Nouvelle, tout en mettant en évidence ce que l’IA peut faire de mieux pour la production cinématographique : la conception de nouveaux imaginaires, la mise en images de scènes difficilement réalisables à l’aide des outils traditionnels, etc.
Une ville comme terrain d’enquête
Au sein de ces Affinités aléatoires, des personnages issus de différents récits « s’échappent » de leur film d’origine pour se retrouver dans une ville fictive, reconstruite par un moteur de jeu. Ils se croisent, dialoguent, rejouent des fragments de mémoire, le tout selon des logiques algorithmiques. Un dispositif qui met le cinéma classique à l’épreuve et qui interroge sur la nature même d’un scénario quand il n’est pas écrit avec des mots, mais avec des lignes de code.
Ce qui est intéressant, c’est le parallèle entre l’expérimentation technique et le sujet des « villes nouvelles », qui ont elles-mêmes été les territoires de tous les possibles dans les années 1970. Des utopies urbaines misant sur les innovations sociales, architecturales et culturelles, qui sont ici rejouées, déplacées, voire contredites par les étudiants et leurs outils. Le réel devient une base de données. La fiction, un mode d’exploration. Sans céder à l’effet de démonstration, Les affinités aléatoires offre une possibilité de récit, et raconte la ville d’hier et d’aujourd’hui en invitant les spectateurs à se perdre dans ce terrain d’essai.
- Festival NOÛS, jusqu’au 19.04, BnF, Paris.