À Bétonsalon, la télévision ne s’éteint jamais vraiment. Avec Hibou TV Show, Jean-Alain Corre en propose une relecture sensible et décalée, entre archive fantasmée et plateau en chantier.
Que reste-t-il de nos soirées devant le poste ? Des jingles qui restent en tête, des silhouettes familières, des « tu as vu le dernier épisode de [insérer votre série préférée] ? », et une mémoire collective faite d’images un peu floues, mais pourtant bien ancrées ? Dans l’exposition/installation Hibou TV Show, conçue avec l’auteure Gaëlle Obiégly, la télévision devient une matière à fiction autant qu’à dissection. Ici, pas de direct maîtrisé, mais un léger différé, où l’imaginaire prend le relais du signal.

Un plateau fantôme, entre nostalgie et bricolage
Sur scène, un studio déserté. Une figure d’Alf abandonnée, des costumes sans corps, une régie muette…. Le décor évoque une émission suspendue, comme mise en pause – mais prête à redémarrer à tout instant. Entre installation et talk-show, Hibou TV Show rejoue les codes du petit écran en les laissant volontairement dérailler. Ce qui se trame ici relève autant de la nostalgie que du détournement, l’exposition convoquant diverses pubs d’antan, de vielles sitcoms et d’anciens jeux télévisés dans un joyeux télescopage d’images populaires. Tout est réactivé, remixé, parfois même généré par intelligence artificielle, comme si la mémoire télévisuelle elle-même se mettait à rêver.

Faire disjoncter les écrans
L’évènement pose alors une question : et si la télévision n’était plus un flux à consommer, un simple canal que l’on allume sans trop y faire attention, mais bien un terrain à expérimenter ? Capsules vidéo, fausses émissions et fragments narratifs confirment cette hypothèse à mesure que les publics défilent. Accueillant des vidéos co-réalisées avec des enfants, des familles, des élèves – en collaboration avec l’école élémentaire Émile Levassor, Paris, 13ème -, des étudiants et salariés de l’Université Paris Cité et de l’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy, la scène se veut évolutive, modulable, quand la programmation, elle, se construit au fil des interactions, dans une logique collaborative.
Achevée le 18 avril dernier, Hibou TV Show entendait ainsi être une grande fabrique collective au sein de laquelle les rôles se brouillent. Qui est spectateur, qui est animateur ? Qui est derrière la caméra, et qui la regarde ? En rejouant les formats du talk-show, Jean-Alain Corre a mis à nu la mécanique télévisuelle, tout en lui insufflant une poésie bancale. Une télévision qui bafouille, peut-être, mais qui, dans ses hésitations, révèle quelque chose de plus juste : notre désir persistant d’y croire encore.