Découvert lors du dernier KIKK Festival avec sa conférence narrative « New Planetary Imaginaries », Liam Young crée des univers speculatifs pour permettre une réflexion critique sur notre présent, et surtout, notre futur.
La BBC le décrit comme « l’homme qui conçoit nos futurs ». Liam Young, designer, réalisateur et producteur nommé aux BAFTA, dont on décryptait l’œuvre The Vertical Farms of Planet City en début d’année, utilise l’image pour concevoir des films visionnaires et construire des architectures imaginaires où réel et anticipation se confondent.
Alors que nous enchainions les expositions et autres performances lors de la dernière édition du KIKK Festival, à Namur, notre course nous a entraîné au Théâtre de la ville, où l’Australien présentait sa conférence narrative « New Planetary Imaginaries » : une performance oscillant entre fiction et documentaire, qui nous a plongé dans un voyage mental singulier, où la projection de mondes alternatifs optimistes ne taisent surtout pas les conséquences de notre comportement sur notre écosystème.

Penser le futur
Dans ce projet, la mise en garde devient un terrain de jeu créatif : on avance à pas de géant vers des infrastructures-monstres, des villes démesurées, un État-planète en travaux, dans une démarche à la fois ludique et anticipatrice. Loin de céder au pessimisme facile, Liam Young invite ses spectateurs à envisager des réparations, aussi impossibles soient-elles. Ce qui frappe dans son travail, c’est cette tension permanente entre des récits qui tiennent autant de la fable que de l’alerte, et l’élan engagé vers un avenir dont seuls nous, humains, pouvons être acteur.
Dans son travail, l’artiste démontre que la science-fiction ne doit plus seulement servir à décrier nos excès, mais bien à redessiner nos possibles, surtout dans un monde en perte d’espoir. Lorsqu’il montre des cités-corail surgissant des plates-formes pétrolières abandonnées, ou des mégapoles se repliant pour faire place à des parcs planétaires, il ne se contente pas de formuler d’amusante dystopies ; c’est bel et bien notre rapport au monde qu’il réinvente.
Utopie ou dystopie ?
À bien y réfléchir, c’est bien dans ce glissement, de la science-fiction anticipatrice à la science-fiction comme vecteur d’utopies réparatrices, que réside l’importance de son œuvre. Il ne s’agit plus uniquement de craindre ce qui vient, mais de l’inventer. Et de le faire de la façon plus tranchante possible. Alors que beaucoup se contentent de représenter le désastre, presque de manière passive, Liam Young, lui, met en scène le chantier du possible. Sans jamais crier à l’optimisme pour autant, mais en créant une ouverture sur l’après suffisamment fascinante pour dessiner un futur attirant.