Établie sur trois campus des deux côtés des Pyrénées, l’IDEM creative art school offre une portée régionale et internationale à l’enseignement de la création numérique, qui doit aussi s’entendre dans une vision actuelle plus décentralisée de la production de contenus. Une vocation pédagogique qui souhaite également mettre à disposition des outils technologiques, nouer des partenariats avec les entreprises et les festivals du secteur, sans pour autant se détourner de l’essentiel : l’intention artistique.
L’enseignement numérique n’est pas toujours où l’on croit. Dans la petite cité catalane du Soler, à quelques kilomètres de Perpignan, face aux Pyrénées naissantes et à portée de pixels de la grande bleue méditerranéenne, il suffit de sortir de la petite gare locale pour se retrouver face à un établissement dispensant plusieurs cursus particulièrement pertinents dans le domaine des industries culturelles créatives, l’IDEM.
Ici, différentes filières sont au rendez-vous. Métiers du son, audiovisuel, design/communication graphique, mais aussi animations 2D et 3D : tous témoignent de choix pédagogiques et d’approches technologiques divers et variés, désireux selon les critères de l’école de former aux réalités et aux exigences professionnelles tout en garantissant des compétences en adéquation avec le marché et les évolutions des différents secteurs. Une perception d’exigence éducative donc, singulièrement tournée vers le local et l’international de proximité – l’Espagne toute proche -, ce qui explique sans doute le choix d’angliciser sa dénomination complémentaire de « Creative art school ».

L’IDEM : une école à part ?
C’est que l’IDEM – Institut de Développement et d’Enseignement Méditerranéen – a dès sa création souhaité être une école un peu à part, comme l’explique Aurélie Coudrais, la responsable communication de l’établissement. « L’école a été fondée en 1997 par Christine Rey et Pierre Roca, précise-t-elle. Elle a d’abord été un centre de formation professionnelle permettant de donner les mêmes chances à tous en initiant des professionnels à l’utilisation de l’informatique. Au fil du temps, l’école s’est donc inscrite dans une réflexion constante sur l’adaptabilité des travailleurs face aux évolutions des métiers liés à la créativité et au numérique. »
En 2003, pour répondre à la demande des familles en quête d’une orientation post-bac dans ces domaines, l’IDEM décide également d’ouvrir des formations dans l’enseignement supérieur. « Mais à la différence des modèles universitaires, l’IDEM a toujours privilégié une approche mêlant pratique de terrain et apports théoriques, afin de renforcer la professionnalisation des étudiants et de faciliter leur insertion sur le marché du travail. »
De fait, l’école a développé un écosystème particulier en choisissant de fonctionner hors parcours sup, ce qui signifie un calendrier d’inscription spécifique et des frais d’inscription plus élevés, mais aussi des méthodes d’enseignement plus libres, et donc des choix pédagogiques assumés. « Notre volonté est de mettre l’humain au centre du processus, appuie en ce sens Aurélie Coudrais. Les métiers créatifs et numériques ne se résument pas à des moyennes scolaires. Ce qui compte vraiment, c’est la motivation, la sensibilité artistique, la curiosité, la capacité à imaginer, à construire et à évoluer. À L’IDEM, chaque futur étudiant réalise donc un test et un entretien individuel pour comprendre son parcours, vérifier que nos formations correspondent à son projet et surtout lui donner sa chance, même s’il n’est au départ “pas bon en maths” ou qu’il n’a pas suivi les “bonnes spécialités”. Notre objectif est de détecter les potentiels et d’accompagner les jeunes vers un métier où ils pourront s’épanouir. »


Logique internationale et partenariats festivaliers
Si l’IDEM délivre bien des formations inscrites au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles), et donc reconnues par l’État, elle prolonge ce choix de liberté pédagogique à travers un enseignement tourné vers l’international, et plus particulièrement vers Barcelone, en 2016, et Madrid, l’année dernière. « L’implantation à Barcelone a d’abord été motivée par un attachement à cette ville dynamique et à la culture catalane, poursuit Aurélie Coudrais. Elle offre un environnement riche et de nombreuses opportunités professionnelles dans les secteurs créatifs et digitaux. À Barcelone, seules les filières animation et design graphique sont proposées (le campus de Madrid est lui dédié à la filière cinéma d’animation, ndr) ».
Cette logique éducative et tournée vers l’échange à l’international se traduit aussi par une politique pédagogique très participative en ce qui concerne les partenariats passés avec différents festivals (Frontière Film Festival, Festival Voix D’Étoiles, Festival D’Annecy, Pelliculive X, etc.). Une logique qui permet aux étudiants de mettre les mains dans les machines en termes de production, mais aussi de créer des passerelles privilégiées avec les professionnels du secteur, forcément très présents sur ces manifestations. « Nous emmenons chaque année nos étudiants de cinéma d’animation au Festival d’Annecy car c’est un festival important dans leur secteur, souligne Aurélie Coudrais. Ça leur permet d’être au courant des tendances et des nouveautés à venir, mais c’est aussi l’occasion pour eux d’aller présenter leur travail à des studios et de tenter de décrocher un stage, une alternance ou pourquoi pas un futur emploi. »

Aurélie Coudrais appuie l’idée d’une vraie collaboration avec les festivals, auxquels les étudiants sont invités à participer, et cite en exemple l’édition 2025 des Voix D’Étoiles, à Leucate, où des étudiants en 1ère et 2ème année d’animation 2D ont relevé un défi ambitieux : créer un court métrage d’ouverture officiel de 40 secondes diffusé avant chaque séance. Elle poursuit : « Généralement, nous veillons à ce que nos étudiants puissent mettre ainsi en application dans un cadre professionnel ce qu’ils ont appris à l’école. Pour la section design graphique et communication, c’est l’une de nos étudiantes qui a réalisée l’affiche du festival urbain Urbart en 2026. »
« Au fil du temps, l’école s’est inscrite dans une réflexion constante sur l’adaptabilité des travailleurs face aux évolutions des métiers liés à la créativité et au numérique. » »

Plongée à l’intérieur de l’école
De fait, ce dynamisme très particulier, lié à une vision pédagogique tournée vers l’extérieur, est facilement perceptible dans les espaces studieux et conviviaux de l’établissement du Soler. Un sentiment de partage renforcé par le fait que la grande majorité des étudiants est par ailleurs originaire de la région Occitanie et s’apprête à passer trois ou quatre ans dans l’établissement, la plupart immédiatement après le bac. Au total, l’IDEM accueille ainsi environ 600 étudiants sur ses trois campus et offre un rythme annuel liant vie scolaire, stages (deux mois en deuxième année, quatre mois en troisième année) et événements : job dating, petits-déjeuners avec des entreprises partenaires, mais aussi le Hacking Challenge et le Summit, un rendez-vous annuel au cours duquel des studios internationaux de cinéma d’animation viennent à la rencontre des étudiants sur chacun des trois campus.
Ces interventions extérieures sont une autre des grandes spécialités d’une école qui n’hésite pas à faire appel à différentes personnalités extérieures pour conduire des masterclasses et autres présentations. On peut ainsi y retrouver fréquemment des animateurs 2D/3D réputés comme Franck Bonay, Sami Fecih, Pierre-Baptiste Marti ou Yoshimichi Tamura, ou des artistes plus grand public comme le réalisateur Patrice Leconte, ou les musiciens/producteurs Lionel Limiñana et Jean-Michel Jarre.

Les enseignants de l’école sont eux aussi le plus souvent des professionnels en activité dans leur secteur (agences de communication, vidéastes, techniciens machinerie, photographes…), veillant en particulier à assurer une cohérence technologique au suivi éducatif, ce qui se ressent en énumérant dans les salles de cours les outils techniques à disposition.
« À l’IDEM, les étudiants disposent de salles équipées en postes informatiques, de tablettes graphiques Cintiq de la marque Wacom et de logiciels professionnels utilisés en animation, cinéma et jeu vidéo, détaille Charles Courtin, référent de la section cinéma d’animation 2D/3D. Nous travaillons notamment avec Toon Boom Harmony, Storyboard Pro, Adobe Creative Suite, Maya, Houdini, Unreal Engine et Zbrush. Nous disposons aussi d’une ferme de rendu (render farm), pour les rendus 3D des projets de fin d’année. Le partenariat académique avec Toon Boom et Unreal Engine permet aux étudiants de se former sur des outils reconnus par les studios professionnels, dans des conditions proches d’une vraie chaîne de production. » L’usage d’Unreal Engine offre aussi aux étudiants la possibilité de travailler sur des environnements temps réel pour le jeu vidéo, la prévisualisation, la VR et les univers immersifs.

L’IA, un outil encore en phase d’adaptation
L’IA n’est évidemment pas oubliée dans la configuration, mais pour l’instant seulement sur un plan théorique. « Nous sensibilisons les étudiants aux outils de l’IA pour qu’ils soient conscient des outils qui risquent de changer une partie de l’industrie pour laquelle ils vont travailler, indique Charles Courtin. Mais l’IA reste un outil et il ne fait pas partie des outils que j’enseigne à mes apprenants. Le cœur de la formation reste le dessin, la narration, la mise en scène et le regard artistique. Sans cette base importante, maîtriser l’IA, pour ceux qui souhaiteront l’utiliser, ne servira à rien. »
À ce titre, Charles Courtin défend la place centrale de l’artistique dans le modus operandi pédagogique de l’IDEM. « On ne forme pas seulement des techniciens capables d’utiliser des logiciels, mais des créatifs capables de raconter une histoire, de créer un univers, de composer une image et de transmettre une émotion, prolonge-t-il. Ça, l’IA ne le fera pas à leur place. Les étudiants travaillent donc le dessin, le storyboard, le character design, la couleur, le mouvement, la mise en scène et la narration visuelle. La technique sert l’intention artistique, jamais l’inverse. »

Concrètement, les étudiants réalisent donc toute l’année des courts métrages d’animation 2D/3D, des projets de jeu vidéo, des teasers, des films de commande ou des projets liés à des festivals, comme évoqué précédemment. « Ce type de projet leur permet de travailler dans des conditions proches du réel : brief, délais, équipe, direction artistique, production, animation, montage et rendu final, convient Charles Courtin. Cela permet de conforter notre objectif qui est de former des profils complets. Les étudiants apprennent les logiciels professionnels, mais aussi le dessin, la narration, la mise en scène et le travail en équipe. Encore une fois, la technologie est importante, mais elle doit rester au service de l’intention artistique. »
« On ne forme pas seulement des techniciens capables d’utiliser des logiciels, mais des créatifs capables de raconter une histoire, de créer un univers, de composer une image et de transmettre une émotion. »

Un work in progress permanent
Si l’IDEM et ses équipes enseignantes revendiquent à raison l’originalité de leur modèle éducatif, des choses restent sans doute à perfectionner dans cette vision décentralisée du secteur de la création numérique, notamment dans les débouchés professionnels régionaux que vise l’école. « La majorité de nos étudiants trouvent du travail en Occitanie, mais dans certains secteurs d’activité comme la production audiovisuelle, le cinéma d’animation ou les studios son, il est toujours conseillé de se diriger vers des capitales », reconnaît Aurélie Coudrais. Un phénomène qui pourrait cependant être moins pénalisant dans un avenir proche, puisque « ces dernières années le CNC constate justement une décentralisation croissante de la production audiovisuelle, qui a tendance à s’implanter dans d’autres département, notamment en Occitanie, et à étoffer le vivier d’emplois ». Nul doute, dès lors, que la décentralisation du numérique risque elle aussi de prendre la route du grand sud à l’avenir.