À l’heure où les concerts des grands noms de la musique tendent vers le grand spectacle, d’autres artistes préfèrent miser sur un autre type de performances audiovisuelles, plus expérimentales, moins gigantesques et démonstratives.
« On voit de plus en plus de groupes réclamer des écrans sur scène, de la vidéo, avec, parfois, l’envie d’en mettre plein la vue ». Le constat formulé par Quentin Deronzier et Nicolas Brion, qui ont œuvré sur les shows d’Orelsan, est sans appel. Dans la bouche de Thierry Langlois, à la tête de la société de production Uni-T ((The Dø, Pomme, Thylacine), il prend encore plus de consistance : « Cela s’inscrit aussi dans une tendance générale, portée par un public qui souhaite moins assister à des concerts qu’à de grands spectacles. » À titre d’exemple, les trois concerts de Beyoncé au Stade de France en juin 2025 ont rapporté plus de 34 millions d’euros. Pas rien.

Live A/V, partout, tout le temps ?
Ce qu’il faut retenir de cette tendance, c’est qu’elle n’est pas nouvelle. En 2001, Gorillaz ne se présentait-il pas sur scène derrière un écran de cinéma, sur lequel était projeté des animations et des prises de vue réelles ? En 2006, à Coachella, Daft Punk n’a-t-il pas fait basculer tous ces jeux de lumières dans une autre dimension avec sa fameuse pyramide ? Ces quinze ou vingt dernières années, c’est une évidence, la musique est ainsi devenue une manière pour les artistes issus du numérique de toucher un large public – de démocratiser leur pratique, en quelque sorte. Quel plaisir, en effet, de voir Massive Attack intégrer à sa scénographie un logiciel de reconnaissance faciale, d’observer Björk fait appel à la VR, d’assister au light show volontiers « assourdissant et aveuglant » de Justice, ou de constater que l’audio immersif n’est plus réservé qu’à quelques initiés, habitués des expositions parisiennes.

Des shows ingénieux
Cela a évidemment un coût, impossible à assumer pour la majorité des artistes – on parle de 10 000 ou 20 000 euros pour une tournée d’un mois dans des salles de taille moyenne, entre 500 et 1 000 places -, mais rappelons à toutes fins utiles qu’une performance audiovisuelle n’a pas à verser dans le gigantisme. Les lives d’Oklou, dont les images ont été réalisées par Saradibiza, sont là pour le souligner. Ceux de Vickie Cherie également, la vidéo étant pour l’ex-chanteuse de The Pirouettes une manière de rester en retrait, d’instaurer un climat onirique, quitte à ne plus être qu’une présence fantomatique. De celles qui perturbent l’évidence, activent l’imaginaire et matérialisent des formes invisibles – dans le pur style des images pauvres conceptualisées par Hito Steyerl. La preuve que l’on ne peut jamais prévoir la forme que va prendre un live A/V, et c’est tant mieux !
- Cet article est extrait du 69ème numéro de notre newsletter éditoriale.