Le cinéma d’auteur peut-il faire sien l’outil qui l’inquiète tant ? À Locarno, une rencontre organisée autour du Nouvelle Bug Experience d’Andrea Gatopoulos tente d’y répondre, entre laboratoire de recherche et manifeste à destination d’une nouvelle génération de cinéastes.
« À l’heure où le cinéma d’auteur s’interroge sur le rôle et les limites de l’intelligence artificielle, l’expérience proposée par Nouvelle Bug offre une perspective unique sur la manière dont les technologies émergentes redéfinissent la création cinématographique contemporaine ». Dans un communiqué officiel, le Festival de Locarno se veut prévenant. Il est vrai que l’intelligence artificielle s’invite désormais dans presque toutes les conversations autour du 7ème art, souvent plus comme repoussoir que comme promesse. Au premier rang des inquiétudes : la perte des emplois, la crainte d’être plagié ou d’assister à une triste uniformisation du cinéma… Loin de tomber dans le pathos, le festival suisse a l’intelligence d’opter pour une troisième troisième voie. Celle de l’enquête.
Imaginé par le réalisateur Andrea Gatopoulos, The Nouvelle Bug Experience n’est pas un film, mais une rencontre autour du laboratoire créatif qu’il a lui-même fondé, sorte de résidence d’artistes qui se balade d’évènement en évènement. Pour Locarno, trois œuvres jalonnent l’échange : Homunculus de Bonheur Suprême (2025), L’uomo più bello del mondo de Paolo Baiguera (2025) et Someone to Steal Horses With de Dylan Pailes-Friedman (2024) ; autant de preuves que l’on peut tourner ailleurs que sur un plateau, et raconter tout aussi justement une histoire singulière.
L’IA, outil de production ou territoire d’expression ?
L’idée n’est pas seulement de mettre l’intelligence artificielle entre les mains de jeunes cinéastes pour voir ce qu’ils peuvent en tirer, mais d’interroger la grammaire même du cinéma, en quête de formats hybrides et de langages qui ne demandent qu’à être inventés. C’est d’ailleurs probablement pour cela que les œuvres présentées ne relèvent pas de la démonstration technique, mais d’une tentative (réussie ou non, la question reste ouverte) de faire émerger de ces outils froids une sensibilité qui leur serait propre. Et éviter ainsi l’écueil de la simple prouesse logicielle plaquée sur des récits classiques.
Le festival de Locarno apparaît alors être un parfait laboratoire d’idées avant-gardistes, un lieu permettant aux professionnels du 7ème art de tester encore et encore leur rapport aux nouveaux outils. Car pour toute une nouvelle génération de cinéastes, l’enjeu n’est plus seulement de produire autrement, mais de continuer d’affirmer son esthétique, son point de vue, son identité, sans jamais tomber dans l’esthétique générique de l’IA.