Avec Between These Black Waters, l’artiste américano-taïwanaise Connie Bakshi transforme l’exil et la mémoire diasporique en territoire numérique à explorer, selon nos choix. Une œuvre intense, politique et d’une puissance visuelle folle !
Présentée jusqu’au 21 juillet, Between These Black Waters est à la fois la toute première exposition personnelle de Connie Bakshi et l’exposition inaugurale de la galerie en ligne EPOCH, à Los Angeles. Avec, comme première particularité, de débuter par une incantation : « black water ». Tels sont les mots murmurés en boucle à une intelligence artificielle tout au long du processus de création, moins comme une requête que comme une formule de convocation. Au coeur d’un film interactif en ligne, le visiteur suit ensuite une entité qui reprend conscience sans le moindre souvenir de son origine, à l’intérieur d’un système resté actif, structurellement intact, mais conçu sans elle.

Naviguer entre deux récits
Mais que raconte vraiment cette traversée ? Formée au piano et à l’ingénierie biomédicale, Connie Bakshi construit son œuvre autour d’un choix binaire offert au spectateur-joueur : errer librement dans ce paysage abstrait, ou revenir se fondre dans l’ordre du monde connu. Ce qui, en somme, revient à choisir la lumière ou l’obscurité. « Dans mon œuvre, « Black Water » a toujours été une double évocation : d’une part, celle de la période coloniale où les anonymes ont été engloutis, et d’autre part, celle de la traversée maritime, qui est au cœur de l’industrie actuelle des semi-conducteurs et des infrastructures qui font fonctionner la machine. Ce sont deux histoires qui se confondent en un seul et même lieu, » explique l’artiste à Right Click Save.
Connie Bakshi imagine ainsi un parcours aussi bien mental que visuel, ponctué de sphères, de seuils, de fragments et de vide dans lequel l’artiste américano-taïwanaise a transposé sa propre expérience de l’exil, l’eau noir faisant notamment écho aux propres pensées du protagoniste, de l’artiste et de tous ceux dont les identités ont été forgées par une charge coloniale qui continue d’impacter le présent.

Une métaphore de la mémoire
« Ce qui caractérise la diaspora, c’est qu’elle engendre un rapport très particulier à l’objet et à la mémoire, rappelle la créatrice. On hérite de ces fragments. Ce sont des bribes de choses qui avaient autrefois de l’importance, dans un lieu, dans une langue, au sein d’un ensemble de pratiques auxquelles on a peut-être encore accès, ou peut-être plus. On les porte sans vraiment savoir ce qu’on porte ni ce qu’il a fallu pour les transporter jusqu’ici. »
Une esthétique de l’entre-deux qui prolonge une recherche menée par Connie Bakshi depuis déjà plusieurs années, à la croisée de réflexions autour de la mémoire ancestrale et des possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Avec, en tête, l’envie d’interroger ce qui devient lisible ou non lorsque les codes dominants se fissurent.