Présenté dans le cadre du cycle de films « OnView–Power » au Palais Populaire de Berlin, Casino Blooms de Shirin Sabahi immortalise les derniers jours de l’Expo 2025 à Osaka. Pour un résultat aussi contemplatif que politique.
Que ce passe-t-il juste avant la fin ? C’est la question que pose la dernière œuvre vidéo de Shirin Sabahi, Casino Blooms. Afin de capter ce moment fragile, rempli de doutes et d’incertitudes, l’artiste iranienne basée à Berlin a choisi de poser sa caméra autour de la plus grande structure en bois du monde, encerclé d’un jardin débordant, luxuriant, presque irréel. Pourtant, cette profusion n’est qu’un décor provisoire, pensé pour accompagner l’Exposition universelle d’Osaka, en 2025. Bientôt, tout disparaîtra, au profit d’un complexe de jeux.

Filmer l’entre-deux
Aussi poétique soit-elle, cette floraison est en effet soumise à condition. Après six mois d’épanouissement, elle disparaîtra, les pétales n’étant qu’un apparat, un mirage qui peine à masquer la réalité d’une économie : celle du « soft-power », douce, insidieuse. Fatale. Derrière sa caméra, Shirin Sabahi, dont une monographie en anglais est sur le point de paraître (Zenit), ne dramatise pas. Elle observe. Son objectif glisse, s’attarde, laisse vivre une tension silencieuse. Il y a, indéniablement, un propos qui tient ici de l’ordre du documentaire, mais ce qui retient l’attention, c’est ce style, cette manière de faire dialoguer l’image avec le texte, de faire circuler les formes, de les inciter à se transformer.
Loin d’être une simple pièce d’archive, Casino Blooms capture une zone de transition, un seuil qui invite le spectateur à profiter de cet instant suspendu, entre émotion et regret anticipé. Faut-il contempler tant que ça dure ou pleurer la fin d’une époque avant même qu’elle ne soit terminée ? La question flotte, et le film n’apporte pas de réponse. Ce n’est pas son but après tout. Sur bien des points, on pourrait même dire que là réside sa force : dans cet espace incertain où l’image, encore belle et séduisante, annonce déjà sa disparition.