Que se passe-t-il quand on s’intéresse vraiment à un espace le temps d’une année ? C’est ce à quoi l’artiste Mohamed Bourouissa a répondu avec son film Les 4 temps, explorant les saisons qui passent au Jardin des Tuileries et actuellement présenté au musée du Louvre.
De février 2024 à février 2025, Mohamed Bourouissa s’est rendu quotidiennement dans un même lieu : le Jardin des Tuileries, ancien fief de Catherine de Médicis devenu le spot préféré des touristes et des étudiants de l’École du Louvre. Exposé jusqu’au 19 janvier prochain dans la salle de la Chapelle de l’aile Sully, le film Les 4 temps érigent d’ailleurs ces visiteurs et élèves révisant au grand air en protagonistes. Même constat concernant la faune peuplant le jardin parisien, les équipes qui tentent de le maintenir en état, ou la lumière se reflétant sur les sculptures : tout, ici, constitue le cœur de l’œuvre.
Quand l’art vidéo crée du lien
À la croisée de toutes les pratiques de Mohamed Bourouissa, Les 4 temps associe aussi bien la musique – composée à partir de sons enregistrés dans le jardin -, la mise en scène théâtrale, la sculpture, le dessin et, bien évidemment, la vidéo. Armé de son oeil si avisé, l’artiste pluridisciplinaire s’est en effet rendu chaque semaine aux Tuileries pour y filmer de courtes vidéos, publiées ensuite sur le compte Instagram du musée du Louvre, avant d’être assemblées dans l’idée d’en faire un projet unique.
« Je fonctionne de manière très intuitive. Le simple fait d’instaurer une certaine régularité chaque semaine constituait pour moi une forme d’exercice méditatif. Une observation du réel, non seulement dans ce qu’il donne à voir, mais aussi dans son potentiel poétique, détaille le vidéaste à Connaissance des Arts. Filmer avec mon téléphone portait en soi une certaine fragilité une manière aussi d’interroger mon propre regard et de le mettre à l’épreuve. À l’image du Louvre, il est difficile de dresser un portrait global du jardin ; sa richesse se déploie dans une multitude de détails et de sensations. »

Des souvenirs d’enfance
Avec Les 4 temps, l’idée est donc de réunir en un seul endroit tout ce qui fait la spécificité d’un espace aussi important, aussi multiple. Une volonté de créer du lien qui se retrouve jusque dans le choix du titre, qui fait aussi bien écho aux Quatre Saisons de Nicolas Poussin, exposées dans une salle voisine du Louvre, qu’au centre commercial de la Défense, « Les 4 Temps », où Mohamed Bourouissa passait tous ses week-ends enfant. Depuis la fenêtre de la salle de la Chapelle, on aperçoit d’ailleurs Courbevoie et le quartier d’affaires parisien, où l’artiste a grandi.
« L’oeuvre relie mon adolescence passée à La Défense à une œuvre d’aujourd’hui, au Louvre un mouvement continu qui structure l’espace et le temps, et que l’installation vient matérialiser. » Les 4 temps ne crée donc pas simplement du lien : il bâtit également des ponts entre histoire personnelle et universelle, banlieue et centre-ville parisien, espace fantasmée et réalité.