L’œuvre du jour : « Owimbowe » de Simon Lazarus

21 juillet 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
L’œuvre du jour : « Owimbowe » de Simon Lazarus

Le jour se lève dans l’obscurité de la façade de la Daniels & Fisher Tower. Une flamme lente, une présence colorée. Owimbowe, de Simon Lazarus, est un poème sans mot, une ascension visuelle projetée dans la nuit de la ville de Denver, faisant de l’architecture froide et verticale un corps habité. 

Née dans le cadre du festival Night Lights Denver, aux États-Unis, la dernière œuvre Simon Lazarus n’a rien de spectaculaire, au sens hollywoodien du terme. Elle ne s’impose pas : elle infiltre. Elle s’insinue dans les pierres, dans les regards, dans les silences partagés entre passants. Par sa répétition hypnotique, par son dépouillement formel, elle agit comme une incantation urbaine. À la manière des rondes enfantines dont elle emprunte le nom, elle fait écho à un savoir ancien. Un cycle. Une mémoire.

Une œuvre collective, une réflexion sur la résilience

Sous la houlette de Simon Lazarus, ancien graffeur ayant basculé dans les cultures numériques par passion pour le hacking et les installations audiovisuelles, des formes mouvantes, tantôt abstraites, tantôt organiques, s’élèvent en silence. Elles s’accrochent, décroissent, se répètent. L’artiste parle d’ « une comédie musicale silencieuse  », d’une narration muette rythmée par les pulsations de la lumière. L’image grimpe, hésite, puis retombe avec grâce avant de repartir. Jusqu’à ce qu’un message apparaisse, discret et puissant : « The sun will rise again ». Et oui, avant d’être un spectacle visuel, Owimbowe est un mantra. Un rappel collectif de la résilience, du vivant, des métamorphoses. « C’est pour celleux qui partent & celleux qui restent, » s’émeut l’artiste au sujet de son oeuvre. 

Véritable touche-à-tout, Simon Lazarus cultive depuis Aubervilliers, où il réside, les formes hybrides : graffiti, vidéo-mapping, performance, électronique DIY. Sa démarche, nourrie par la maker culture et le symbolisme visuel, cherche toujours à redonner corps à l’image. Une démarche illustrée par Owimbowe : « La pièce raconte, à travers une narration abstraite, une histoire de naissance, de conquête, de floraison, de bataille et de chute, » détaille-t-il  En trois minutes d’images, Owimbowe transforme une façade en horizon. Et nous rappelle, sans emphase, que même dans l’effondrement, il y a toujours un renouveau en latence. Une lumière à venir.

À lire aussi
Laure Prouvost, 5 dates clés d'une carrière au service de la vidéo
Laure Prouvost ©David Levene
Laure Prouvost, 5 dates clés d’une carrière au service de la vidéo
Née dans la banlieue de Lille, l’artiste Laure Prouvost vit aujourd’hui au carrefour de la France, du Royaume-Uni et de la Belgique. Un…
11 mars 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
« Une journée à l'Opéra », une immersion inédite à Nice ?
“Une journée à l’opéra” ©Étienne Guiol
« Une journée à l’Opéra », une immersion inédite à Nice ?
Sans lever le rideau, et grâce à l’artiste vidéaste Étienne Guiol, l’Opéra de Nice prouve qu’il reste un lieu d’émerveillement, peu…
15 juillet 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Festival Constellations 2025 : Metz en pleine métamorphose lumineuse
“Formes du devenir”, Dirk Rauscher Amélie Bargellini – Ville de Metz
Festival Constellations 2025 : Metz en pleine métamorphose lumineuse
Pour sa 9e édition, le Festival international Constellations offre aux visiteurs une plongée dans le riche patrimoine architectural de…
24 juin 2025   •  
Écrit par Benoit Gaboriaud

Explorez
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Le Ministère de la Culture installe pour la première fois un poste de « directeur de projet Intelligence artificielle » au sein de ses...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
© Simon Parmeggiani
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres...
04 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Depuis le Mexique, l'artiste Canek Zapata n'a qu'un souhait : scroller à l'infini
Depuis le Mexique, l’artiste Canek Zapata n’a qu’un souhait : scroller à l’infini
À l’occasion de la nouvelle édition de digital ORBIT_E, l’artiste mexicain Canek Zapata imagine une œuvre infinie, qui se génère...
03 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Premier contact : Teresa Manzo en 3 infos essentielles
Premier contact : Teresa Manzo en 3 infos essentielles
Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à l'artiste numérique Teresa Manzo, qui inscrit la figure féminine dans une démarche esthétique...
03 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Bruce Eesly : « Jouer avec la tromperie n'est pas une nouveauté en photographie »
Portrait de Bruce Eesly Bruce Eesly © Liesl Pfeffer
Bruce Eesly : « Jouer avec la tromperie n’est pas une nouveauté en photographie »
Comment interroger les conséquences de l'agriculture industrielle tout en documentant la révolution verte des années 1960 ? Pour le...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Alice de Brancion
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Le Ministère de la Culture installe pour la première fois un poste de « directeur de projet Intelligence artificielle » au sein de ses...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
"On Air", la voix mise en lumière
"On Air", Ars Electronica, 2025 © Andreas Kolb
« On Air », la voix mise en lumière
Véritable bande-son algorithmique, le dispositif On Air transforme les voix des spectateurs en ballet audio-lumineux à travers un...
04 décembre 2025   •  
Écrit par Laurent Catala
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
© Simon Parmeggiani
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres...
04 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard