Le jour se lève dans l’obscurité de la façade de la Daniels & Fisher Tower. Une flamme lente, une présence colorée. Owimbowe, de Simon Lazarus, est un poème sans mot, une ascension visuelle projetée dans la nuit de la ville de Denver, faisant de l’architecture froide et verticale un corps habité.
Née dans le cadre du festival Night Lights Denver, aux États-Unis, la dernière œuvre Simon Lazarus n’a rien de spectaculaire, au sens hollywoodien du terme. Elle ne s’impose pas : elle infiltre. Elle s’insinue dans les pierres, dans les regards, dans les silences partagés entre passants. Par sa répétition hypnotique, par son dépouillement formel, elle agit comme une incantation urbaine. À la manière des rondes enfantines dont elle emprunte le nom, elle fait écho à un savoir ancien. Un cycle. Une mémoire.
Une œuvre collective, une réflexion sur la résilience
Sous la houlette de Simon Lazarus, ancien graffeur ayant basculé dans les cultures numériques par passion pour le hacking et les installations audiovisuelles, des formes mouvantes, tantôt abstraites, tantôt organiques, s’élèvent en silence. Elles s’accrochent, décroissent, se répètent. L’artiste parle d’ « une comédie musicale silencieuse », d’une narration muette rythmée par les pulsations de la lumière. L’image grimpe, hésite, puis retombe avec grâce avant de repartir. Jusqu’à ce qu’un message apparaisse, discret et puissant : « The sun will rise again ». Et oui, avant d’être un spectacle visuel, Owimbowe est un mantra. Un rappel collectif de la résilience, du vivant, des métamorphoses. « C’est pour celleux qui partent & celleux qui restent, » s’émeut l’artiste au sujet de son oeuvre.
Véritable touche-à-tout, Simon Lazarus cultive depuis Aubervilliers, où il réside, les formes hybrides : graffiti, vidéo-mapping, performance, électronique DIY. Sa démarche, nourrie par la maker culture et le symbolisme visuel, cherche toujours à redonner corps à l’image. Une démarche illustrée par Owimbowe : « La pièce raconte, à travers une narration abstraite, une histoire de naissance, de conquête, de floraison, de bataille et de chute, » détaille-t-il En trois minutes d’images, Owimbowe transforme une façade en horizon. Et nous rappelle, sans emphase, que même dans l’effondrement, il y a toujours un renouveau en latence. Une lumière à venir.