Avec le filmTROPICS, présenté récemment au Couvent des Prêcheurs, à Aix-en-Provence, Mathilde Lavenne nous entraîne dans une jungle mexicaine, où les voix des vivants et des morts se confondent, où la technologie scanne les souvenirs et les ruines.
Il y a, dans l’œuvre de Mathilde Lavenne, une manière singulière d’habiter le temps. TROPICS, primé en 2018 au festival Ars Electronica, propose une véritable immersion dans un monde suspendu, où les paysages se font spectres et les mots deviennent des incantations murmurées du bout des lèvres. Tourné dans la vallée de Jicaltepec, sur la côte du Veracruz, au Mexique, le film dévoile une ancienne ferme coloniale, aujourd’hui tombée en ruine. Ce qui aurait pu n’être qu’un simple récit ethnographique révèle en réalité une cartographie mémorielle, où les strates du sol répondent à celles de l’histoire.

Les fantômes du passé
Au sein de TROPICS , la technologie de scanning 3D – le scanner FARO – dépasse sa fonction scientifique pour devenir un outil poétique. Arbres, bâtiments, fragments de nature ou de mémoire sont capturés comme des fantômes lumineux, flottant dans un espace obscur. Sauf que le noir ne signifie pas ici l’absence de lumière, mais celle d’un sol stable, d’un présent rassurant. Le film évolue dans une temporalité suspendue, comme un rêve informatique ou une transe numérique.

Proposer une expérience des temps présents
À cette esthétique vertigineuse s’ajoutent les voix : celles des habitants qui racontent, chuchotent, chantent parfois. Leurs récits évoquent les présences qui habitent encore la Terre. Des souvenirs d’enfance, des esprits, des sensations. Derrière les scans du végétal, c’est tout un tissu de mémoire orale qui s’exprime. L’œuvre devient alors un rituel, où le spectateur, privé de repères, est invité à ressentir plus qu’à comprendre.
Le choix de ce lieu n’est pas anodin. Ici, Mathilde Lavenne explore les traces de la colonisation française du XIXe siècle, encore perceptibles dans les noms, les histoires, les architectures de la ville. La technologie n’est pas là pour rationaliser, mais pour redonner corps à l’invisible. Quant à TROPICS, ce n’est définitivement pas un film sur le passé ; c’est une expérience qui le convoque dans notre présent pour mieux envisager l’avenir.