Jusqu’au 11 janvier prochain, La Tour du Luma, à Arles, accueille Sensing the Future: Experiments in Art and Technology, première exposition française consacrée à une initiative d’avant-garde mêlant arts et technologie : E.A.T.
Contrairement à ce que l’on pourrait naïvement penser, les artistes et chercheurs du E.A.T. ne nous invitent pas à manger. L’idée première de ce laboratoire est bien de créer des ponts entre technologie, arts visuels et arts de la scène. Fondée en 1966 par deux ingénieurs américains aux Bell Telephone Laboratories, Billy Klüver et Fred Waldhauer, et les artistes Robert Rauschenberg et Robert Whitman, E.A.T. a pour ambition de faciliter la mise en relation d’artistes et d’ingénieurs afin de donner naissance à des œuvres hybrides et radicales.
Ainsi, la même année, on assiste à un événement tel que 9 Evenings: Theatre & Engineering, où des artistes comme John Cage, Lucinda Childs, Deborah Hay ou Rauschenberg collaborent avec des dizaines d’ingénieurs des Bell Labs autour de projections vidéo, de son sans fil, de capteurs photoélectriques. D’emblée, E.A.T. invente un nouveau rôle pour l’artiste, placé au cœur du changement technologique. Et pose par la même occasion les bases de ce qui deviendra l’art numérique.
Une utopie collaborative
Conçue en partenariat avec le Getty Research Institute, l’exposition du Luma Arles retrace la construction de cette utopie collaborative à travers des films, des photographies d’archives, des diagrammes et des dossiers d’artistes. Parmi les pièces les plus emblématiques, on retrouve par exemple les Silver Clouds d’Andy Warhol, ces ballons métalliques flottant en apesanteur, dont semble s’être inspiré, des décennies plus tard, Bit.studio avec Flock Of.

Cinquante ans d’avance
L’exposition revient également sur d’autres moments charnières, comme le Pavillon Pepsi de l’Exposition universelle d’Osaka en 1970, ou les « Projects Outside Art » qui confirment que la vision d’E.A.T. n’était pas un simple jeu de laboratoire. Ce qui a commencé comme une expérimentation esthétique et philosophique est en effet rapidement devenue une quête idéologique, l’organisation dépassant régulièrement le cadre habituel de l’art pour s’intéresser aux questions sociales telles que l’éducation ou la protection de l’environnement. Avec, osons-le dire, près d’un demi siècle d’avance. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt de Sensing the Future: Experiments in Art and Technology : rappeler que l’art numérique ne s’est jamais contenté d’anticiper le futur ; il le sent, le bâtit petit à petit, parfois même en se tenant loin des espaces d’exposition.
- Sensing the Future: Experiments in Art and Technology, jusqu’au 11.01.26, Luma Arles.