Chaque année, le Luxembourg City Film Festival explore les frontières du cinéma, s’aventurant même du côté de l’immersif en mettant en compétition des œuvres de pointe en réalité virtuelle, augmentée et mixte, ainsi que des installations sonores pour le prix de la « Meilleure expérience immersive ». En 2026, c’est The Clouds Are Two Thousand Meters Up de Singing Chen qui a séduit le jury.
Pour la première fois de son histoire, la ville de Luxembourg a réuni dans trois de ses endroits les plus emblématiques – neimënster, le Mudam et la Villa Louvigny – la crème de la crème du cinéma immersif. Un Pavillon Immersif éclaté qui a rassemblé des œuvres où la technologie, la narration et la perception se sont entrelacées, créant du lien entre les différents espaces de ce laboratoire voulu comme sensoriel. Avec, à la tête de dernier, un jury composé de Jordana Leigh, Julie Gayet et Abderrahmane Sissako, chargé d’élire la meilleure expérience immersive parmi les dix projets en compétition. Un prix qui, en plus du prestige, s’accompagne d’une récompense de 5 000 euros.
Le pari de la délicatesse
Et la grande gagnante de cette édition n’est qu’autre que Singing Chen, saluée pour son vertigineux The Clouds Are Two Thousand Meters Up. Adapté d’une nouvelle de l’auteur taïwanais Wu Ming-Yi, le film retrace la découverte par Guan du roman inachevé de sa défunte épouse, lequel combine dans son récit l’histoire d’une panthère en voie de disparition et le mythe sacré d’origine de la tribu Rukai. S’en suit alors un voyage onirique aux sources de l’inspiration de sa femme disparue.
À mi-chemin entre le conte ancestral et la méditation contemporaine, l’expérience VR de l’artiste taïwanaise convoque l’imaginaire des peuples autochtones de son pays, tout en interrogeant notre rapport fragile à la nature et à l’absence. Et si l’immersion n’était pas seulement visuelle, mais émotionnelle ? Et si, finalement, elle consistait à ressentir plutôt qu’à voir ?

Une approche sensible
Déjà récompensé par le Grand Prix Venice Immersive en 2025 lors du 82ème Festival international du film de Venise, The Clouds Are Two Thousand Meters Up a séduit le jury du Lux Film pour son exploration délicate et intime des thèmes de l’amour et du deuil. Ce qui frappe celles et ceux qui ont eu la chance d’expérimenter cette œuvre en déambulation libre, c’est la porosité des mondes, entre fiction et réalité, humain et animal, présent et souvenir.
C’est aussi son approche sensible : The Clouds Are Two Thousand Meters Up ne cherche pas à impressionner, mais à envelopper, à ralentir le temps, à profiter du moment présent comme des instants passés. Dans un festival où les technologies rivalisent d’audace et de performance, cette œuvre a fait le pari de la délicatesse. Et c’est peut-être là, précisément, qu’elle touche juste.