Et si le marché de l’art n’était qu’un algorithme comme un autre ? Intrigué par cette possibilité, un chercheur de l’Université du Luxembourg a développé un outil censé étayer les estimations des experts. À l’entendre, celui-ci se baserait sur des critères très précis.
Qu’est ce qui différencie une croûte à 50 euros d’un chef-d’œuvre à plusieurs millions ? Pas grand chose, parfois, si l’on se fie aux nombreux « même moi je peux faire mieux » entendus plus ou moins régulièrement dans les musées. Et pourtant, l’estimation d’une œuvre dépend évidemment de tout un tas de critères. Quelle est sa provenance ? Quelle est la cote de l’artiste ou l’historique de propriété ? Quid de l’état de la toile ou de la période au cours de laquelle elle a été créée ? Tout s’agrège dans la tête de l’expert, au terme d’un travail d’orfèvre largement invisible pour le public, mais crucial pour assurer la cohérence du marché de l’art et le bon déroulé d’une vente. Une masse d’indices qui nécessite un savoir encyclopédique, et, on peut le dire, un cerveau de machine. Ou peut-être, une machine tout court ?

Plus qu’un placement financier
Le signal est venu de Californie. Fin juin, la start-up américaine Valence a dégainé ce qu’elle revendique comme le premier « family office » entièrement piloté par l’IA – preuve que la gestion de patrimoine ne se contente plus d’optimiser des portefeuilles boursiers, mais s’aventure désormais sur des actifs bien plus insaisissables, l’art en tête. Un basculement que confirme le rapport Art & Finance 2025 de Deloitte : consulter ce document, c’est comprendre à quel point l’art s’impose comme une classe d’actifs à part entière, capable de diversifier une fortune, de préparer une transmission ou de servir de garantie financière. Autre enseignement du cabinet ? Les nouvelles générations de grands collectionneurs réclament davantage de transparence. Ça tombe bien, c’est exactement ce que les outils numérique permettent.
Au SnT, centre de recherche de l’Université du Luxembourg, le chercheur Afshin Khadangi imagine ainsi un système qui croise la provenance, le contenu des catalogues, les ventes comparables et la reconnaissance institutionnelle, avant de recouper le tout en fonction des données de marché les plus fraîches. Intelligemment, l’outil ne donne jamais comme résultat un chiffre indiscutable, mais une fourchette assortie d’un raisonnement, que l’expert est libre de suivre… ou non. Car l’art, ce n’est pas seulement une suite de case à cocher, ni même juste un placement financier ; c’est aussi et surtout une affaire de sensibilité qu’un ensemble de lignes de code ne peut réellement évaluer. C’est d’ailleurs là toute la subtilité de l’outil en question : l’algorithme documente une estimation, le supplément d’âme, lui, reste, et restera toujours, humain.