Le photographe italien Mattia Balsamini traque depuis des années l’humain derrière la machine, des laboratoires du MIT aux usines de robots militaires.
Grandir dans une entreprise familiale de climatisation, entouré d’outils, de câbles et de pièces détachées, inévitablement, ça laisse des traces. Pour Mattia Balsamini, cette enfance fut surtout une école du regard où, très tôt, il apprend à observer ce qu’il appelle « l’étrange beauté des choses fonctionnelles ». Mais la photographie, elle, n’est venue que plus tard, comme un prolongement naturel de cette obsession première. Depuis, l’Italien a posé son objectif à la NASA, au MIT, dans des usines automatisées et des bureaux où l’on code des robots militaires sous des posters de Doom. Un terrain de jeu vertigineux, où la technologie n’est jamais vraiment le centre d’intérêt premier du photographe ; seuls comptent les gestes, les habitudes et les intérieurs de celles et ceux qui la fabriquent.

L’ambiguïté comme méthode
Photographier un robot, ce n’est pas photographier un humain. Et ça, Mattia Balsamini le sait parfaitement : « Une machine est généralement comprise à travers sa fonction, note-t-il pour It’s Nice That. Un robot, en particulier un robot conçu avec des caractéristiques humaines ou animales, introduit un comportement dans cette relation. Il bouge, attend, réagit, semble même parfois hésiter. » Une instabilité inspirante que Mattia Balsamini ne tente jamais de résoudre. Pas question de décider à l’avance si une machine doit apparaître rassurante ou menaçante ! Ce serait trahir la complexité du sujet. Le robot dog tout mignon d’aujourd’hui pourrait très bien être le robot guerrier de demain, car la morale de la technologie n’est jamais simple, et ses images ne cherchent pas à la simplifier pour nous.


Ce qui frappe, à mesure que l’on parcourt sa série, c’est cette volonté de décentrement : loin du robot autonome et magnifié que le cinéma nous a vendu, Mattia Balsamini recentre chaque image sur la chaîne humaine qui rend la machine possible. Le robot n’est jamais seul dans le cadre. Il est toujours relié, par un fil visible ou invisible, à celui ou celle qui l’a conçu. Une manière de nous rappeler qu’avant d’être une prouesse technique, un robot est d’abord une histoire de mains.