On la connaissait photographe. Du 18 mars et jusqu’au 21 juin 2026, Nan Goldin s’expose comme vidéaste au Grand Palais, qui lui consacre une exposition inédite.
Jusqu’à l’été prochain, le Grand Palais ouvre ses galeries à une expérience singulière : This Will Not End Well, une rétrospective dédiée non pas aux images seules de Nan Goldin, mais à ses « films composés de photos ». Une façon de raconter une vie à travers des milliers d’instantanés juxtaposés, toujours avec la même émotion, toujours avec ce même sens de la lumière, des espaces architecturés ou des transitions entre l’image et les sons. Et si la photographie, chez l’artiste américaine, n’était finalement qu’un moyen de penser autrement un cinéma du quotidien ?

Un mouvement évident entre les photos et le film
Depuis la fin des années 1970, Nan Goldin a entrepris d’assembler des diaporamas à partir de ses propres photographies pour créer des récits visuels, conçus comme des films nés de la même immobilité que ses images fixes. Des récits certes, mais qui ne sont jamais prétextes à la fiction. Elle y documente des moments de vie palpables, entre amours et désillusions, fêtes et violences, rires et silences lourds. Chaque image, chaque regard posé, chaque geste, contribuent alors à l’élaboration d’une trame, à la constitution d’une forme de musique narrative. Et si le titre semble annoncer un désastre, il est ici retourné comme une évidence douce-amère. Avec Nan Goldin, la vie, même lorsqu’elle s’éprouve dans la douleur, conserve toujours une joie de vivre obstinée.

Un regard sur le quotidien
Pensée comme un village d’installation, la scénographie déploie six pièces majeures couvrant cinquante ans de création : The Ballad of Sexual Dependency, pièce centrale, mais aussi The Other Side, hommage à ses ami·e·s trans ; Sisters, Saints, Sibyls, jaillissement spirituel et douloureux autour des familles et du suicide ; Memory Lost et Sirens, plongées viscérales dans les tourments de la dépendance, entre sevrage et extase. Au sein du parcours, il y a aussi Stendhal Syndrome, une oeuvre récente inspirée des Métamorphoses d’Ovide ainsi que du trouble ressenti par certains voyageurs face à trop de beauté – une façon, somme toute subtile, pour Nan Goldin de faire dialoguer ses photographies avec des canons de l’Histoire de l’Art. L’expérience est totale !
- This Will Not End Well, de Nan Goldin, du 18.03 au 21.06, Grand Palais, Paris.