Célébrée par le centre d’art de la Villa Arson du 20 février au 31 mai 2026 au travers d’une grande exposition collective, la théoricienne des médias, réalisatrice, cyberféministe et hacktiviste Nathalie Magnan a indéniablement influencé la culture contemporaine et la manière d’envisager les nouvelles technologies. Disparue en 2016, son héritage reste immense.
Intitulée Magnanrama. Portraits, réseaux et actualités de Nathalie Magnan, l’exposition pensée par la commissaire Mathilde Belouali réunit une quinzaine d’artistes et de collectif influencée par la Marseillaise, qui n’a cessé d’interroger le féminisme et le genre à l’ère des nouveaux médias. À la Villa Arson à Nice, des films et des installations signés Shu Lea Cheang, DeeDee Halleck ou encore du collectif féministe Guerrilla Girls dialoguent avec les archives de Nathalie Magnan. Le parcours fait entendre l’écho d’une voix qui, avant même l’apparition d’un web grand public, tissait des ponts entre activisme, pensées théoriques et pratiques numériques.


Un hommage vibrant
Car Nathalie Magnan n’était pas une simple théoricienne de l’ombre. Navigatrice des médias, réalisatrice, enseignante, la Française témoignait d’une certaine aisance à traverser les frontières trop souvent rigides entre les disciplines et les communautés. Traductrice de textes fondateurs comme Le Manifeste Cyborg de Donna Haraway, Nathalie Magnan a accompli bien d’autres exploits. Pêle-mêle, elle a introduit des réflexions féministes dans les labyrinthes du code, créé des « espaces vivants » en ligne pour débattre genre et technologies, coorganisé le Los Angeles Gay and Lesbian Film Festival (1984), documenté les prémices du web avec le film Internautes, intégré le collectif Paper Tiger Television et défini les grandes lignes de l’artiste cyborg : « C’est un artiste qui est en rétroaction continue avec les réeaux et les machines, c’est ce que nous devenons tous ».
En fil rouge de ses différents projets, systématiquement les mêmes questions : qui programme qui ? Qui définit les normes ? Les interventions de Nathalie Magnan dans les milieux queer, féministes et hackers ont ainsi contribué à faire d’elle une figure protéiforme, fragile et puissante, attentive aux circulations et aux zones d’ombre des réseaux. Quel meilleur hommage pouvait ainsi lui rendre la Villa Arson qu’en réunissant autant d’artistes et penseurs aux pratiques diverses, à l’image de son éclectisme ?

Internet comme outil d’émancipation
C’est bien la belle et noble intention de l’exposition Magnanrama : faire résonner l’héritage d’une pionnière, proposer à des créateurs de repenser l’interactivité, l’identité ou la communauté à l’ère numérique. À chaque salle, la Villa Arson propose ainsi une réponse à l’une des interrogations de Nathalie Magnan : comment penser les technologies, non plus comme neutres, mais comme des outils mis au service de l’émancipation ? L’exposition agit alors comme une partie à jouer, un jeu vidéo où les pixels deviennent des idées, et où chaque regard trace une nouvelle ligne dans le vaste code du cyberféminisme. Avec, en tête, cette phrase de l’artiste, qui vaut comme un rappel : « Les nouvelles technologies ne changent pas grand-chose ; elles facilitent juste d’autres pratiques, mises en place depuis longtemps ».
- Magnanrama. Portraits, réseaux et actualités de Nathalie Magnan, du 20.02 au 31.05, Villa Arson, Nice.