Nathalie Magnan, aux origines du cyberféminisme

13 février 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Nathalie Magnan, aux origines du cyberféminisme
Nathalie Magnan actionnant son œuvre "Now/Then", Rencontres internationales de la photographie, Arles, 1983. © Fonds Nathalie Magnan, INHA-Collection Archives de la critique d'art, Rennes.

Célébrée par le centre d’art de la Villa Arson du 20 février au 31 mai 2026 au travers d’une grande exposition collective, la théoricienne des médias, réalisatrice, cyberféministe et hacktiviste Nathalie Magnan a indéniablement influencé la culture contemporaine et la manière d’envisager les nouvelles technologies. Disparue en 2016, son héritage reste immense.

Intitulée Magnanrama. Portraits, réseaux et actualités de Nathalie Magnan, l’exposition pensée par la commissaire Mathilde Belouali réunit une quinzaine d’artistes et de collectif influencée par la Marseillaise, qui n’a cessé d’interroger le féminisme et le genre à l’ère des nouveaux médias. À la Villa Arson à Nice, des films et des installations signés Shu Lea Cheang, DeeDee Halleck ou encore du collectif féministe Guerrilla Girls dialoguent avec les archives de Nathalie Magnan. Le parcours fait entendre l’écho d’une voix qui, avant même l’apparition d’un web grand public, tissait des ponts entre activisme, pensées théoriques et pratiques numériques.

Une femme en veste en jean dans un salon.
Nathalie Magnan à Santa Cruz, années 1980. © Fonds Nathalie Magnan, INHA-Collection Archives de la critique d’art, Rennes.
Gros plan sur une femme aux cheveux courts s'approchant de l'objectif.
Nathalie Magnan à Santa Cruz, années 1980 © Fonds Nathalie Magnan, INHA-Collection Archives de la critique d’art, Rennes.

Un hommage vibrant

Car Nathalie Magnan n’était pas une simple théoricienne de l’ombre. Navigatrice des médias, réalisatrice, enseignante, la Française témoignait d’une certaine aisance à traverser les frontières trop souvent rigides entre les disciplines et les communautés. Traductrice de textes fondateurs comme Le Manifeste Cyborg de Donna Haraway, Nathalie Magnan a accompli bien d’autres exploits. Pêle-mêle, elle a introduit des réflexions féministes dans les labyrinthes du code, créé des « espaces vivants » en ligne pour débattre genre et technologies, coorganisé le Los Angeles Gay and Lesbian Film Festival (1984), documenté les prémices du web avec le film Internautes, intégré le collectif Paper Tiger Television et défini les grandes lignes de l’artiste cyborg : « C’est un artiste qui est en rétroaction continue avec les réeaux et les machines, c’est ce que nous devenons tous ».

En fil rouge de ses différents projets, systématiquement les mêmes questions : qui programme qui ? Qui définit les normes ? Les interventions de Nathalie Magnan dans les milieux queer, féministes et hackers ont ainsi contribué à faire d’elle une figure protéiforme, fragile et puissante, attentive aux circulations et aux zones d’ombre des réseaux. Quel meilleur hommage pouvait ainsi lui rendre la Villa Arson qu’en réunissant autant d’artistes et penseurs aux pratiques diverses, à l’image de son éclectisme ?

Capture d'écran d'un bureau Windows des années 1990.
Photogramme du film Internautes de Nathalie Magnan, 1996. Diffusion : Heure exquise !

Internet comme outil d’émancipation

C’est bien la belle et noble intention de l’exposition Magnanrama : faire résonner l’héritage d’une pionnière, proposer à des créateurs de repenser l’interactivité, l’identité ou la communauté à l’ère numérique. À chaque salle, la Villa Arson propose ainsi une réponse à l’une des interrogations de Nathalie Magnan : comment penser les technologies, non plus comme neutres, mais comme des outils mis au service de l’émancipation ? L’exposition agit alors comme une partie à jouer, un jeu vidéo où les pixels deviennent des idées, et où chaque regard trace une nouvelle ligne dans le vaste code du cyberféminisme. Avec, en tête, cette phrase de l’artiste, qui vaut comme un rappel : « Les nouvelles technologies ne changent pas grand-chose ; elles facilitent juste d’autres pratiques, mises en place depuis longtemps ».

À lire aussi
Book club : « Manifesto for Cyborgs » de Donna Haraway
Book club : « Manifesto for Cyborgs » de Donna Haraway
Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres…
23 mai 2024   •  
Écrit par Zoé Terouinard
L'art vidéo selon Paper Tiger Television
© Paper Tiger Television
L’art vidéo selon Paper Tiger Television
Jusqu’au 19 avril prochain, le Goldsmiths CCA, à Londres, retrace l’histoire de Paper Tiger Television, ni vraiment chaîne commerciale…
10 février 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
10 questions à Rebecca Allen, féministe pionnière du computer art
Rebecca Allen, dans les années 1980 ©Linda Law
10 questions à Rebecca Allen, féministe pionnière du computer art
Impliquée dans la création d’une carte interactive, ancêtre de Google Maps, productrice d’animés avant Pixar, inventrice de la première…
05 juillet 2023   •  
Écrit par Manon Schaefle
Explorez
bitforms, l'histoire d'une galerie pionnière
Steven Sacks, New York, une œuvre de Manfred Mohr dans le dos, “P-511/M” © Max C Lee / bitforms gallery
bitforms, l’histoire d’une galerie pionnière
New York, novembre 2001. Deux mois après le 11 septembre, un jeune galeriste ouvre dans le quartier de Chelsea un espace entièrement...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Rencontres SVSN : un certain regard sur le corps féminin
“Cléo” © Coco Chen
Rencontres SVSN : un certain regard sur le corps féminin
Du 8 au 9 juillet, Avignon a une nouvelle fois accueilli les Rencontres Spectacle Vivant, Scènes Numériques. Parmi les showcases...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
« Digital Humanities », regard poétique sur les data centers
"Empreintes dessinées”, 2024, série d’empreintes prélevées par frottage dans les data centers © Bernadette Genée et Alain Le Borgne
« Digital Humanities », regard poétique sur les data centers
« Digital Humanities », un titre presque ironique derrière lequel se cache une drôle de question : et si, derrière les infrastructures...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Premier contact : Yannis Mohand Briki, en 3 infos essentielles
© Claire Legrand
Premier contact : Yannis Mohand Briki, en 3 infos essentielles
« Premier contact » est une série de mini-portraits pensés comme des speed-meeting, des premiers points d'accroche avec de jeunes...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Nos derniers articles
Voir tous les articles
bitforms, l'histoire d'une galerie pionnière
Steven Sacks, New York, une œuvre de Manfred Mohr dans le dos, “P-511/M” © Max C Lee / bitforms gallery
bitforms, l’histoire d’une galerie pionnière
New York, novembre 2001. Deux mois après le 11 septembre, un jeune galeriste ouvre dans le quartier de Chelsea un espace entièrement...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Zoé Terouinard
L'œuvre du jour : « Between These Black Waters » de Connie Bakshi
“Between These Black Waters”, 2026 © Connie Bakshi / EPOCH Gallery, Los Angeles
L’œuvre du jour : « Between These Black Waters » de Connie Bakshi
Avec Between These Black Waters, l'artiste américano-taïwanaise Connie Bakshi transforme l'exil et la mémoire diasporique en territoire...
13 juillet 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Festival Constellations : dix ans d'éclats et de lumières
Olivier Ratsi, “Frame perspective” © Amélie Bargellini
Festival Constellations : dix ans d’éclats et de lumières
Comme chaque année, à la tombée des premières nuits d’été, la ville de Metz se met à rayonner. Ce phénomène s’explique par des...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Benoit Gaboriaud
Rencontres SVSN : un certain regard sur le corps féminin
“Cléo” © Coco Chen
Rencontres SVSN : un certain regard sur le corps féminin
Du 8 au 9 juillet, Avignon a une nouvelle fois accueilli les Rencontres Spectacle Vivant, Scènes Numériques. Parmi les showcases...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard