Nouvelles technologies : une histoire de flops

Nouvelles technologies : une histoire de flops
Vue de l'exposition "Flops?!”, Musée des Arts & Métiers de Paris, 2026.

Présentée jusqu’au 17 mai au Musée des Arts & Métiers de Paris, l’exposition Flops ?! dresse un amusant panorama d’objets et de projets techniques ratés, des innovations dont la trajectoire commerciale – le plus souvent – a fini par la case plantage. Passage en revue de quelques-uns de ces appareils numériques, souvent précurseurs, qui n’ont malheureusement pas rencontré en leur temps le succès escompté.

Gros plan sur le Vidéo disque Philips Laser Vision
Vidéo disque Philips Laser Vision

Lecteur de vidéo disque Philips Laser Vision (1978)

Avec sa forme aux allures de grand disque vinyle aux reflets argentés,– le vidéo disque, ou LaserDisc, et son lecteur sont commercialisés à partir de 1978 par la société néerlandaise Phillips. En avance sur son temps, ses qualités de son et d’image – mais aussi sa robustesse dans la durée – sont supérieures au format VHS des magnétoscopes et même de la bande magnétique. Hélas, son prix élevé, la nécessité de disposer d’un téléviseur compatible et son frein à l’usage grand public du fait qu’il ne s’agisse pas d’un format enregistrable, le réserve rapidement à un public restreint de collectionneurs cinéphiles, notamment séduits par la pochette imprimée de grande taille. L’arrivée rapide du CD, puis du DVD au milieu des années 1990, qui reprennent certaines de ses solutions de stockage optique, finissent de le rendre inadéquat et obsolète.

Gros plan sur le Sony Watchman Voyager FD 20 A.
Sony Watchman Voyager FD 20 A

Sony Watchman Voyager FD 20 A (1984)

Conçu par Sony pour les voyageurs un peu jet-set, le  VOYAGER FD 20 A s’inscrit dans la très révolutionnaire série Watchman (1982 – 1997) de la marque japonaise, visant à proposer des téléviseurs que l’on pouvait littéralement transporter dans sa poche. Sa capacité à capter les différents réseaux analogiques d’Europe, d’Asie ou d’Amérique du Nord le rendait très fonctionnels dans son usage nomade, un atout pratique supplémentaire pour cet appareil qui s’avère être sans doute l’un des plus petits récepteurs de télévision jamais produits.

Si sa fonctionnalité demeure effective, la disparition progressive des réseaux hertziens et analogiques, progressivement abandonnés au niveau planétaire entre 2006 et 2015, ont évidemment conduit à la fin de l’usage pratique et courant potentiel de cet objet au charme vintage indéniable du fait son design général.

Une femme au videophone avec ses enfants dans les années 1990.
Videophone 2500 © AT&T

Videophone 2500 AT&T (1992)

Ceux qui se régalent aujourd’hui de l’usage professionnel ou domestique des nombreuses plateformes de discussion en visio comme Skype ou Zoom doivent comprendre que cet usage existe depuis bien longtemps. En passant par les simples lignes téléphoniques analogiques d’époque, l’opérateur américain AT&T commercialise en 1992, pour la somme rondelette de 1499 dollars tout de même, le Videophone 2500, premier visiophone au monde avec écran couleur, qui fait suite à d’autres appareils du genre, moins performants – le picturephone d’AT&T, lancé au début des années 1970, par exemple. Au-delà de son petit écran LCD couleur de 3,3 pouces trônant au-dessus du combiné, c’est surtout son design interactif qui s’avère être visionnaire, à une époque où Internet en est encore à ses balbutiements (un million d’ordinateurs connectés en 1992 seulement), sans contact visuel entre usagers bien sûr, et où le smartphone est encore un vœu pieux.

Parmi ses nombreux atouts, notons aussi le recours à la compression numérique, qui lui permet de réduire ses besoins en bande passante et de s’adapter au faible débit des réseaux d’alors. Trop cher et disposant malgré tout d’une qualité d’image limitée au vu des progrès rapides des années 1990, le Videophone 2500 se révèle finalement un échec commercial et est retiré du marché dès 1995.

Gros plan sur le MiniDisc Sony MZ1.
MiniDisc Sony MZ1 © Sony

MiniDisc Sony MZ1 (1992)

Cousin du lecteur CD par sa technique magnéto-optique proposant la lecture de données magnétiques à l’aide d’un laser, le MiniDisc est lancé par Sony en 1992. Ses innovations technologiques sont révolutionnaires, en particulier sa capacité à décompresser les données grâce à un codec nommé ATRAC (ancêtre du MP3 et autres fichiers qui seront progressivement inclus) et sa capacité à pouvoir enregistrer des prises de sons en format numérique sur un appareil à peine plus grand qu’un walkman.

Avec une capacité d’enregistrement allant jusqu’à 320 minutes dans sa version 2003, le MiniDisc est donc un objet très pratique, qui annonce sans le savoir la numérisation du monde de la culture et de la musique qui se profile. Mais la commercialisation de ses fameuses disquettes ratent le coche. La plupart d’entre elles sont effet vendues « vierges » et non pas avec des supports albums pré-enregistrés. Si le succès initial est au rendez-vous au Japon, l’engouement peine à prendre ailleurs du fait de cet usage limité, mais aussi de son coût élevé et de la concurrence rapide des baladeurs musicaux MP3. Sa production cesse ainsi définitivement en 2013, même si la production de disquettes dure jusqu’en 2025.

Gros plan sur les Google Glass.
Google Glass © Sony

Google Glass (2011)

Lancées en 2011, les Google Glass sont le premier projet industriel à destination du grand public de lunettes équipées d’un dispositif de réalité augmentée. Elles s’inspirent d’un concept lancé en 2011 par la société photographique Minolta visant à créer des lunettes de ce type, mais auquel le programme de recherche mené par le laboratoire R&D interne de l’entreprise américaine, Google X Lab, rajoute des principes d’interactivité. Cependant, son coût élevé – environ 1 500 dollars aux États-Unis pour le modèle prototype – et la difficulté à relier cet appareil connecté avant l’heure à des usages courants – par manque d’applications dédiées, notamment – conduit à son retrait industriel progressif entre 2014 et 2015.

À partir de 2017, le projet est repris dans des applications destinées à de grandes entreprises partenaires, comme Boeing ou Deutsch Post, après que celles-ci ont signé une convention d’utilisation avec la société-mère.

Nokia N-Gage (2003)

Commercialisée en 2003, la N-Gage de Nokia est la première console portable de jeux conçue par la marque finlandaise Nokia. Elle est réalisée pour concurrencer la fameuse console portable de  Nintendo Game Boy et se veut à la fois un appareil jouable et un téléphone mobile, selon les critères du géant de la téléphonie scandinave. Toutefois, les défauts de son ergonomie, tant en matière de jouabilité que d’usage téléphonique, et un certain nombre d’insuffisance techniques (une résolution plutôt faible notamment) en dépit d’un catalogue de jeux qui s’avère rapidement honnête (une soixantaine de jeux comme Call of Duty ou Tombraider), finissent par plomber le projet.

Certes, trois millions d’exemplaires s’écoulent en deux ans, mais cela semble être une goutte d’eau par rapport aux 82 millions de Game Boy vendues par Nintendo. Surtout, la N-Gage a pour principal défaut un prix trop élevé comparé à celui de son principal concurrent – elle est quasiment trois fois plus cher. Des améliorations sont tentées, mais ne permettent pas de rattraper un retard définitivement acté avec le sortie de la Nintendo DS. Sa production cesse donc dès 2005, même si la stratégie marketing imaginée autour de la N-Gage par Nokia (la vente de jeux via un store notamment) se révèle pionnière des usages à venir, en particulier à partir du lancement de l’AppStore quelques petites années après.

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