Dans la nuit du 6 au 7 juin 2026, Paris n’a pas prévu de dormir. Pour cette nouvelle édition de la Nuit Blanche, la capitale se transforme même en un véritable terrain de jeu pour la scène numérique. De l’Hôtel de Ville au jardin des Traverses, du 4e au 18e, voici cinq œuvres à ne surtout pas manquer.

Anthony McCall – Skylight
Figure tutélaire de l’art lumino-cinétique depuis les années 1970, Anthony McCall investit l’Espace de projection de l’Ircam avec Skylight (2022), une installation de lumière solide créée en collaboration avec le compositeur David Grubbs. La lumière y prend l’aspect d’un volume, sculpte l’espace, se propage comme une onde, tandis que Grubbs ajoute un paysage sonore dont la dramaturgie s’inspire de la forme d’un orage. Façon de dire que voir et entendre ne forment plus qu’un même sens.
IRCAM, 1 place Igor-Stravinsky, Paris 4e – 19h à 2h (dernière entrée 1h30).

Jisoo Yoo – Je(u)
Lauréate du Prix ADAGP Art numérique, l’artiste franco-coréenne Jisoo Yoo propose une installation interactive où l’identité se révèle être une illusion. Dès qu’un visiteur entre dans l’espace, son image apparaît puis se dissout en particules dans un univers virtuel. Les traces s’influencent mutuellement selon les couleurs portées par chacun, se rencontrent, fusionnent. Où finit le « toi », où commence le « moi » ? La beauté du geste de Jisoo Yoo est que l’on n’est pas sûr d’avoir la réponse, voire même de la désirer.
Conservatoire Municipal Gabriel Fauré, 12 rue de Pontoise, Paris 5e – 19h à 2h.

ALT SHIFT x V.P.M. – Pulsar
Sur la façade de l’Hôtel de Ville, le collectif ALT SHIFT et le studio V.P.M déploient un mapping monumental structuré autour d’un battement de cœur – d’où le nom de l’œuvre : Pulsar. Images chorégraphiées, contenus génératifs, techniques analogiques et digitales entremêlées… Tout vibre, du minuscule à l’immense, comme si Paris elle-même se mettait à battre. Ni trop abstraite, ni trop complexe – du moins, sur le plan émotionnel -, Pulsar est complétée également par une bande-son spatialisée qui enveloppe la place et transforme le monument en corps vivant. L’amour comme force collective ? Ici, ça pulse à 10 000 lumens !
Parvis de l’Hôtel de Ville, Paris 4e – 22h à 3h.

Distraction x Fantasia Malware – exposition collective
Et si le jeu vidéo était le médium artistique le plus sous-estimé de sa génération ? C’est la thèse défendue, avec panache, par cette rencontre entre deux collectifs, le parisien Distraction (Mélanie Courtinat, Jonathan Coryn, Pierre Moulin)et le berlinois Fantasia Malware. Au Jardin des Traverses, installations jouables, films et performances questionnent les formes narratives vidéoludiques et les mondes virtuels. On y croise des chevaux errant dans un purgatoire pixelisé, un centre commercial abandonné représenté selon une esthétique PS1, ou encore une vie racontée à travers cinq propriétaires successifs. Mélancolique, politique, inclassable.
Jardin des Traverses, face à la station de tram Diane Arbus, Paris 18e – 19h à 2h.

Valentin Ranger – Cœurs
Une société humaine découvre une espèce hybride et invente un nouvel équilibre. Voilà le point de départ de Cœurs, film d’animation 3D de Valentin Ranger, présenté en projection immersive dans la cour du Visionnaire – L’Oréal. Des avatars biomorphiques aux ornements inspirés du vivant microscopique, en passant par une performance musicale d’Inès Chérifi (violon électrique, voix, machines) qui vise à déconstruire une chanson d’amour en flux acoustiques et digitaux : l’œuvre puise dans différents univers, convoque les corps et le mythologique, et rappelle à qui en douterait encore que la beauté se doit d’être pensée comme une expérience collective.
14 rue Royale (entrée 281 rue Saint-Honoré), Paris 8e – 21h50 à 2h.