Lassé des frontières entre les médiums et les esthétiques bien figées, le curateur italien Valentino Catricalà propose un nouveau terme pour décrire l’art de notre époque hyperconnectée, le « New Art ». L’étiquette « art numérique » serait-elle devenue trop étroite pour contenir ce qu’elle est censée décrire ?
Est-il encore à propos de parler d’art numérique aujourd’hui quand la création est si diverse ? Peut-on englober sous cette même appellation les pratiques intégrant l’IA, la vidéo, les expositions immersives ? À l’occasion de l’exposition Strange Rules au Palazzo Diedo Berggruen Arts & Culture de Venise, le curateur et théoricien Valentino Catricalà a tranché : le temps est venu de changer de vocabulaire, non pas pour remplacer l’art numérique, mais pour décrire ce qui va au-delà de cette simple notion.

Un archipel
Le « New Art », version Catricalà, n’est ni un mouvement, ni un manifeste. C’est, dit-il, une « impulsion », un ensemble de pratiques fragmentées, certes, mais toujours reliées entre elles, nées d’un double mouvement. D’un côté, de nouveaux modes de production et de nouvelles figures d’artistes émergent de l’intérieur même de l’art contemporain. De l’autre, un art qui déborde lui-même de ses propres frontières, porté par la création de nouveaux espaces muséaux ou studios qui prennent la forme de véritables petites industries flirtant parfois avec le monde scientifique. Difficile alors de savoir où s’arrête l’art et où commence autre chose.
Pour donner forme à cette pensée, Valentino Catricalà convoque une image : celle de l’archipel. Pas un centre, pas une capitale, mais des îles reliées par ce que le philosophe Ludwig Wittgenstein appelait des « ressemblances de famille ». Soit des œuvres qui se ressemblent… sans jamais se ressembler tout à fait. De Dataland, le musée d’IA imaginé par Refik Anadol à Los Angeles, aux univers sensoriels de TeamLab, en passant par Le Troisième Paradis de Michelangelo Pistoletto, voilà autant d’îles qui cohabitent, sans qu’aucune ne fasse la loi sur les autres. Nommer un art qui se réinvente sans cesse relève moins de la définition que du pari. Alors, la dénomination « New Art » tiendra-t-elle la distance ?