À l’ère de l’IA, cette question est désormais sur toutes les lèvres. Est-ce pour autant qu’il faut botter en touche chaque fois qu’elle réapparaît ? Évidemment que non.
« Plus besoin des créatifs pour vendre nos chaussures. Plus besoin de plateaux de tournage remplis de techniciens syndiqués. Plus besoin de payer un peintre pour avoir son œuvre dans mon salon, et ma maison d’édition n’a plus besoin de faire faire une couverture, mon festival son affiche ou ma pochette d’album. Quel formidable rêve pour les donneurs d’ordre qui ont besoin des images mais qui ne veulent plus s’embarrasser à gérer les personnes qui les fabriquent. » Dans un épisode dédié à l’art génératif de la nouvelle série-documentaire d’Arte, _Underscore, Alt 236 et Gilles Stella rappellent à quel point il paraît vain de critiquer les capacités créatives de l’IA, rendues chaque jour un peu plus fascinantes.

L’ère des images synthétiques ?
Ce que les vidéastes visent à dire ici, c’est l’illusion selon laquelle ces machines pourront un jour remplacer les êtres humains. Oubliez votre guitare, Suno peut vous produire une mélodie en deux minutes. Laissez votre caméra dans un tiroir, rien ne vaut les images générées en un temps record par Sora. Sur le plan philosophique, il serait toutefois regrettable de se contenter d’un art produit « à la manière de », en fonction des œuvres qui ont nourri les algorithmes. Il serait tout aussi absurde d’abandonner le champ artistique à des logiciels qui reproduisent sans affect, ni émotion, se contentant de livrer des images qu’ils jugent efficaces, parfaitement synthétiques – dans tous les sens du terme.

La nécessité de l’intime
Être artiste, ce n’est pas privilégier la rentabilité, le gain de temps ou le dernier outil à la mode, c’est faire triompher le geste face à la technologie, dissoudre cette dernière dans le processus pour éviter de créer des œuvres simulables, qui refusent l’imperfection, le doute, les traumatismes humains. Alors, oui, les investisseurs des Big Tech prétendront l’inverse, mais franchement, quel intérêt de produire une vidéo dont on ne penserait que le pitch, sans chercher à se connecter à ses souvenirs ou à collaborer avec des acteurs ou des actrices ? Être artiste, ce n’est pas faire du beau, du lisse ou du consommable, c’est aussi provoquer le chaos, produire des images qui surgissent et prennent forme sans que l’on puisse l’expliquer exactement.
- Cet édito est initialement paru dans notre newsletter éditoriale #67.