Volontiers provocante, cette question a malgré tout le mérite de réfléchir à ce que signifie l’usage des nouvelles technologies au sein d’une époque où celles-ci sont abandonnées aux mains des Big Tech.
Une étude commandée il y a quelques mois par le Sénat l’affirme : le numérique serait responsable de 2,5% du total des émissions de gaz à effet de serre en France. Quant à Green IT, le collectif estimait en 2019 que 10% des GES seront dus aux nouvelles technologies d’ici 2040. L’impact de l’IA, des ordinateurs et des outils informatiques constitue donc un véritable enjeu, qu’il s’agit de traiter avec sérieux. D’autant que ces technologies sont développées au mépris des conditions de travail (les fameux travailleurs du clic), de la cause écologique (l’extraction de terres rares) et de l’accentuation des inégalités (rappelons que 14 millions de personnes en France connaîtraient des difficultés dans leur utilisation des outils numériques).

Se détourner de la Silicon Valley
Dans un tel contexte, il est donc légitime de se positionner face à la création digitale, de questionner ses fondements, de se demander si cette forme de création ne concerne finalement pas qu’une petite partie de la population : des occidentaux souvent blancs, ayant accès à Internet, vivant dans des pays riches, essentiellement issus des classes moyennes et aisées. L’erreur serait toutefois de se détourner de toute une génération d’artistes travaillant de près les nouvelles technologies tout en promulguant un discours technocritique, souvent plus sensible que l’idéologie prônée du côté de la Silicon Valley.
Adelin Schweitzer, Shivay La Multiple, Quentin Sombsthay, Alexandra Daisy Ginsberg, Diane Cescutti ou encore Barthélémy Antoine-Loeff : toutes et tous font le pari que les outils numériques, loin d’être les derniers joujoux de quelques geeks ou privilégiés, peuvent être détournés afin d’être en connexion directe avec les avancées scientifiques ou de servir une approche écosophique (théorie selon laquelle l’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie des êtres vivants).

Changer de paradigme
Au-delà de leurs qualités intrinsèques et des possibilités qu’elles offrent en termes de création et d’imaginaire, les nouvelles technologies, au même titre que le télescope a autrefois permis à Copernic de démontrer que la Terre tournait autour du soleil (et non l’inverse), sont désormais suffisamment puissantes pour encourager un changement de paradigme. À condition, comme le rappelle Antoine Bertin, de faire en sorte « qu’elles soient bénéfiques aux écosystèmes, et donc de les penser dans une optique durable, de les réorienter vers une direction plus intéressante et moins anthropocentrique que celle prônée par les grandes sociétés. Il est encore temps ! ».
- Cet article est initialement paru dans le 40e numéro de notre newsletter éditoriale.