Entre écrans et salles des ventes, le marché de l’art mute, porté par une génération connectée et un engouement retrouvé. C’est du moins ce que suggère le dernier rapport Art Basel et UBS sur le marché mondial de l’art. Mais dans le contexte global, le numérique peut-il vraiment être le moteur d’un renouveau ?
Le marteau frappe toujours. Mais désormais, il résonne aussi dans le cloud. En 2025, d’après le dernier rapport Art Basel et UBS, le marché mondial de l’art a retrouvé des couleurs, atteignant près de 59,6 milliards de dollars, soit une hausse de 4 % par rapport à l’année précédente. Derrière ces chiffres, une dynamique s’impose : celle du numérique. Discrète ? Peut-être. Structurante ? Assurément.
Collectionner sans se déplacer, enchérir depuis son téléphone, découvrir des artistes via des plateformes… C’est un fait : le digital a profondément transformé les usages. Récemment, il a surtout dopé le volume des transactions, même lorsque la valeur globale fléchissait. Plus d’acheteurs, plus d’échanges, plus de fluidité… Et une nouvelle typologie de collectionneurs, plus jeunes, plus mobiles, plus curieux. La preuve ? L’art numérique s’impose désormais comme un segment clé, au point d’apparaître en troisième position des dépenses, juste derrière la peinture et la sculpture, avec plus d’un collectionneur fortuné sur deux ayant acquis une œuvre digitale récemment.

Le numérique, nouvel accélérateur ?
Faut-il voir dans ces chiffres une simple tendance, un attrait éphémère pour la « nouveauté », ou bien un basculement durable ? Le marché lui-même semble hésiter, chahuté entre une fascination technologique et un attachement aux formats traditionnels : le numérique booste, oui, mais ne remplace pas.
Car même dans un contexte de reprise, la croissance demeure « modeste et inégale », selon le rapport Art Basel & UBS. Plus encore, si les acheteurs s’intéressent à l’art numérique, les moyens d’acquisition, eux, restent plus traditionnels. La moitié des collectionneurs a beau avoir acheté des œuvres dénichées sur Instagram – faisant de cette plateforme un canal essentiel -, la vérité, c’est que les ventes exclusivement en ligne ont malgré tout chuté à 9,2 milliards de dollars, leur plus bas niveau depuis 2019… « Les acheteurs haut de gamme sont revenus aux ventes en personne, et les maisons de vente aux enchères réservent de plus en plus leurs meilleurs lots aux ventes en salle », souligne le rapport. Conclusion : les foires (qui représentent 35 % du chiffre d’affaires total des marchands en 2025), mais aussi les galeries et les salles de vente restent des valeurs sûres que les nouveaux usages auront bien du mal à détrôner.