Clap de fin pour le département numérique de Christie’s, qui souhaite « réorganiser ses ventes ». Une fermeture symbolique qui en dit long sur l’état du marché de l’art, mais qui annonce, paradoxalement, une nouvelle ère pour la création numérique.
Créé en 2022, le département d’art numérique de la célèbre maison de ventes aux enchères Christie’s a définitivement fermé ses portes. À l’époque, la branche avait été initiée en parallèle de « Christie’s 3.0 », une plateforme blockchain dédiée aux ventes de NFTs, et faisait suite à l’initiative de Sotheby’s, première grande maison à lancer sa propre plateforme de ventes on-chain : le Sotheby’s Metaverse, en octobre 2021. Rappelons tout de même qu’avant d’institutionnaliser son positionnement, Christie’s avait déjà réalisé quelques gros coups, notamment avec la vente du Portrait of Le Comte de Belamy (2018), une toile générée par IA par le collectif parisien Obvious. Montant de l’opération : 432 500 dollars, soit environ 380 000 euros.

Un changement de cap
Tout semblait aller pour le mieux pour le marché du numérique qui bénéficiait alors des mêmes canaux que les œuvres physiques. Et pourtant. « Christie’s a pris la décision stratégique de reformater ses ventes d’art numérique. », a déclaré un porte-parole de Christie’s à Now Media. L’article nous apprend également que deux employés ont été licenciés fin août, dont Nicole Sales Giles, vice-présidente chargée des arts numériques. Si Sebastian Sanchez, spécialiste des arts numériques, reste bel et bien en poste à New York, qu’a-t-il bien pu se passer ? Toujours d’après Now Media, cette décision s’inscrit dans le cadre d’un remaniement plus large, encouragée par la nouvelle PDG de Christie’s, Bonnie Brennan, qui a rejoint l’entreprise en février.
Toujours est-il que ces coupes budgétaires surviennent dans un contexte ambigu pour le marché de l’art numérique. Selon DappRadar. le volume des échanges de NFTs a chuté de 45 % au dernier trimestre pour s’établir à 867 millions de dollars, et ce même si le nombre de ventes a augmenté de 78 % pour atteindre 12,5 millions. Rappelons également que, plus largement, le marché de l’art ne se porte pas au mieux. En 2024, d’après Artprice, on a par exemple observé un ralentissement dans les transactions de 20 à 30 %, confirmé par une faible baisse de -2,5 % au premier trimestre 2025. Soit environ 5 000 ventes d’œuvres en moins.
Quel avenir pour l’art numérique ?
Des plateformes comme MakersPlace, KnownOrigin et Async Art ayant également fermé leurs portes ces deux dernières années, une question s’impose : la collection d’art numérique n’aurait donc été qu’une tendance de plus ? Au contraire. Le marché semble s’être régulé, les pièces numériques ne sont plus considérées comme une niche et sont désormais bien intégrées aux collections d’arts contemporain. C’est là la bonne nouvelle à retenir, y compris chez Christie’s : « L’entreprise continuera de vendre de l’art numérique dans la catégorie plus large de l’art des XXe et XXIe siècles », poursuivent les équipes. Vécu dans un premier temps comme une défaite, cette fermeture annonce-t-elle finalement la démocratisation de pratiques trop longtemps regardées de côté ? On l’espère.