Présentée au Festival de la fiction de La Rochelle, la mini-série d’Arte réalisée par Pierre Zandrowicz fait surgir un monde inédit de l’esprit d’un personnage, et s’appuie pour cela sur de nombreuses images générées par IA. La science-fiction peut-elle encore rêver grand sans budget démesuré ?
Présentée en avant première à Cannes Série et vouée à être diffusée sur Arte, la série Paradoxes ne fait pas dans la demi-mesure. On y suit Roman, journaliste dépressif pour Bois Magazine, qui tombe sur une zone étrange au milieu des arbres, un lieu qui donne corps aux angoisses de quiconque s’y aventure. À ses côtés, Léa, scientifique déterminée, tente de garder le cap malgré l’anomalie quantique qu’elle a elle-même créé. Ensemble, les deux comparses suivent une mission qui les guidera tout au long des six épisodes : sauver le monde après avoir réglé leurs comptes avec leurs propres démons. Rien que ça.

Un monde fabriqué à l’algorithme
Signé Maxime Donzel, Émilie Valentin et Pierre Zandrowicz (les deux premiers écrivent, le troisième réalise), en collaboration avec la société Atlas V, Arte France et Imagissime, qui la produisent, Paradoxes réunit un casting fort séduisant. Xavier Lacaille (vu dans Parlement), Zita Hanrot (César du meilleur espoir féminin en 2016 pour son rôle dans Fatima), Oussama Kheddam (Hippocrate, Family Business) et Bertrand Goncalves (Bernadette, Alter Ego) sont ainsi mis au service d’une idée assez folle, née dès l’élaboration du scénario : puisque cette fameuse zone matérialise les peurs les plus profondes de ses visiteurs, pourquoi ne pas confier une bonne part de ses images à une machine pouvant fabriquer l’irréel ? C’est là que l’IA générative intervient. Sur Paradoxes, elle sert même de matière première pour bâtir cet univers mental, sans jamais s’y substituer aux acteurs.
Le choix ne surgit pas de nulle part. Cofondateur d’Atlas V, Pierre Zandrowicz explore ces outils depuis 2022 et y voit surtout un moyen d’atteindre des ambiances hors de portée d’une production modeste. « Avec l’IA, j’ai réalisé que je pouvais créer des styles d’images ou des atmosphères quasi impossibles à reproduire dans le réel – ou bien avec un budget que je ne possède pas », nous expliquait-il en 2023. Il aime y traquer l’accident, le glitch qui déraille joliment, et y placer la nature au centre. Pour Oriane Hurard, productrice de Paradoxes et Directrice des opérations chez Atlas V, l’équation est claire : « Il faut être malin pour faire de la science-fiction avec un petit budget. » Malin, oui. Paradoxal, sûrement. Après tout, ici, c’est la machine qui aide à raconter les états d’âme. « Si l’IA fait actuellement débat, je trouve cet outil passionnant, rappelait Pierre Zandrowicz. Je pense qu’il ne faut pas l’ignorer ni le rejeter. Au contraire, nous devons nous en emparer pour mieux comprendre ses enjeux et tenter d’en faire une révolution qui nous tire vers le haut. » Dont acte.