Première exposition américaine consacrée au travail du réalisateur Harmony Korine, Perfect Nonsense rassemble plus de 50 oeuvres, physiques ou numériques. Preuve que, de la peinture au post-cinéma, il y a bien plus qu’un petit pas.
Révélé dans les années 1990 comme scénariste du film Kids, avant de s’affirmer comme un metteur en scène accompli avec Gummo ou Spring Breakers, Harmony Korine a rapidement imposé son amour des figures marginales au 7ème art. Ce que l’on tend à oublier parfois, c’est que derrière le réalisateur se cache également un artiste à part entière. Moins connu du grand public, le travail plastique d’Harmony Korine accompagne en effet sa carrière depuis ses débuts. Présentée jusqu’au 4 octobre prochain à l’ICA Miami, Perfect Nonsense en propose une synthèse, sans chercher à la rendre linéaire – tel serait là, finalement, le vrai « nonsense ».


Le regard numérique
Si le parcours donne à voir ses peintures, dessins et autres collages, c’est surtout la (large) place donnée au numérique qui nous intéresse. Un glissement entre les techniques parfaitement illustré par sa série Twitchy, qui présente des peintures réalisées en combinant des images capturées avec un iPhone et différentes techniques picturales.
Car, entre techniques traditionnelles et expérimentation technologique, le cœur du cinéaste balance… sans jamais vraiment faire de choix. Dans les différentes salles, de nombreuses images générées ou retravaillées via des procédés numériques s’amusent de rendus volontairement instables : visages glitchés, textures artificielles, personnages hybrides… Le « parfait contresens » se cacherait-il derrière cet usage si particulier de la technologie ? Une thèse que semblent confirmer ses pièces les plus récentes, comme Aggro Dr1ft (2023), un projet « post-cinéma » réalisé à partir d’une caméra infrarouge mettant en scène le rappeur Travis Scott à la manière d’un personnage de jeu vidéo.
Des images contemporaines
Véritable ode à la pratique expérimentale d’Harmony Korine, l’exposition s’appuie cependant sur des thèmes familiers, déclinés comme une partition mise entre les mains d’un musicien qui travaillerait inlassablement les mêmes variations. L’adolescence comme période d’émancipation, les contre-cultures, les traditions populaires américaines… Les sujets restent proches de ceux de ses films, mais passent ici par différents médiums, du dessin en deux dimensions aux avatars numériques.
Une façon de documenter une évolution claire : celle d’un artiste passé du cinéma indépendant à une pratique visuelle plus immédiate, marquée par l’usage d’outils novateurs et la compréhension des logiques de circulation des images contemporaines. L’idée, semble nous dire Harmony Korine, est de continuer à marquer son époque, tout en l’observant à sa manière, c’est-à-dire en étant juste un peu de côté.