Si le fief de la Biennale Némo est bien le Centquatre Paris, le 8 janvier prochain, l’évènement s’emparera de la Philharmonie de Paris pour un « Grand Soir Numérique » où les forces de la technologie, de la vidéo et de la création contemporaine fusionnent pour façonner un paysage sonore et visuel hors du monde.
Proposé par l’Ensemble intercontemporain et l’Ircam, ce concert-performance invite des artistes numériques à métisser leurs disciplines et à associer l’art visuel, la musique et la technologie dans un grand souffle commun. La promesse du Grand Soir Numérique, emblème de la Biennale Némo ? Nous troubler. C’est simple : on ne sait plus si l’on écoute, si l’on regarde, ou si l’on rêve.
Paysages et muses
Désignés pour ouvrir le bal, Hugo Arcier et Annabelle Playe présentent Ars Natura, une performance audiovisuelle (découverte lors du L.E.V. Gijón) où la science-fiction se fait à la fois intime et cosmique. La nature, loin d’être un simple décor bucolique, devient un paysage sculpté par la main humaine, aussi sauvage qu’irréelle. Complètement immergé, le spectateur se demande alors s’il est encore sur Terre, ou déjà dans une simulation post-anthropocène. Une belle entrée en matière.
Riccardo Giovinetto, quant à lui, propose une autre version de F E M I N A, projet explorant la notion de grâce, si chère aux peintres du Quattrocento, et déjà présentée sous forme d’installation au Centquatre. Ici, chœurs polyphoniques et musique électronique se mêlent à des peintures de la Renaissance dans un ballet inédit. Enfin, pas tout à fait. Déconstruites à l’infini, jusqu’à devenir quasiment abstraites, les images renaissent, se transforment et se libèrent au rythme de la musique, dans un flux en constante évolution.
La musique au coeur de l’évènement
De son côté, Yang Song, nous plonge dans l’histoire de la musique, d’abord en transformant un violoncelle en guqin, instrument à cordes traditionnel chinois, puis grâce à un savant mélange d’électronique et de vidéo. Sa performance, Phoenix Eye, Dragon Eye interroge ainsi la perméabilité entre traditions occidentales et orientales. Le geste du musicien devient code, la musique, miroir de cultures finalement plus poreuses qu’il n’y paraît.
Dans Au Banquet des Visages, la compositrice Clara Olivares collecte les voix du public, leurs peurs, leurs rêves, et les transforme à l’aide d’une IA, avant de les recycler en matière musicale nouvelle. C’est une mémoire collective chantée et remodelée qui se présente alors à nous, un banquet où l’humain et la machine dînent à la même table. Enfin, pour conclure cette grande soirée, Augustin Braud imagine la rencontre entre un son instrumental et une présence souterraine, presque inaudible. Jouée par des amplificateurs de guitare, Valets agit comme si le monde enfoui remontait à la surface, par-delà la perception ordinaire. Et nous, on ne sait plus bien ce qui est mélodie, art ou simple pensée. Réponse définitive le 8 janvier ?