« Picture Perfect » : à Bruxelles, la beauté comme quête existentielle

17 février 2026   •  
Écrit par Zoé Terouinard
"Picture Perfect" : à Bruxelles, la beauté comme quête existentielle

Après avoir décortiqué le thème de l’amour l’année dernière, Bozar s’intéresse cette saison à la beauté, des normes en cours dans les années 1960 à celles, plus difficilement atteignables, qui régissent aujourd’hui l’ère du numérique. 

Qu’est-ce que la beauté ? Est-ce une apparence, un reflet dans l’écran, une idée forgée par des décennies d’images, d’injonctions, ou simplement une affaire de goût ? Est-ce universel, intemporel, ou bien relatif ? La réponse se trouve peut être à Bruxelles, au Bozar, qui s’intéresse à cette énigme à travers Picture Perfect : Beauty through a Contemporary Lens, une exposition pensée pour décortiquer les normes et leurs fissures, décennie après décennie.

«  La beauté est une force relationnelle, porteuse d’émancipation, mais elle comporte aussi un côté obscur qui évalue la silhouette, la jeunesse et l’hypersexualisation du corps, majoritairement féminin, mais pas uniquement,  » résume Christel Tsilibaris, commissaire de l’exposition, en préambule. Photographie, vidéo, expérimentation numérique… Ici, la beauté n’est pas un dogme mais une conversation, parfois critique, parfois libératrice. 

Une femme maquillée et nue est assise de dos sur la baignoire d'une salle de bain.
iiDOLLS © Ethel Lilienfeld

Déconstruire et reconfigurer

Pour nourrir son propos, et envisager la beauté à la fois comme système d’oppression et de force créative, l’événement rassemble une cinquantaine d’artistes entre ses murs. De Cindy Sherman à Zanele Muholi, de Pipilotti Rist à Ana Mendieta, de Mélanie Courtinat à Ethel Lilienfeld, Picture Perfect invite à reprendre possession de nos corps, mais aussi de notre regard, l’idée étant de comprendre que ce qui est considéré comme beau n’est en réalité que le fruit d’une époque, d’un contexte géographique, voire de lobbys ou d’entreprises capitalistes. « L’industrie qui prône de nombreuses pratiques esthétiques plus ou moins invasives est un moteur majeur de l’économie mondiale, poursuit la commissaire. L’exposition montrera comment, par le pouvoir de la publicité, cette industrie répète et renforce les stéréotypes de beauté liés aux questions de genre, classe et d’origine ethnique »

Une femme au visage déformé joue de la flûte traversière.
Blue Moon (video still), 2022. © Marianna Simnett, Société, Berlin
Gros plan sur le visage d'une femme jaune, aux traits déformés, jouant de la flûte traversière.

50 nuances de beauté

C’est en cela que l’exposition se révèle très actuelle. Traité dans tous les sens, le sujet de la beauté l’est ici fait de manière urgente. Parce que le monde a changé, et notre rapport à nous-même et notre rapport aux autres. Notre visage est partout. Retouché, fatigué, numérique, impossible d’échapper à soi et aux versions, souvent améliorées, du monde entier. Intégré au parcours, l’espace « Bozar Arcade », zone consacrée aux œuvres d’art numériques interactives et aux jeux vidéo, interroge ainsi ces évolutions de la beauté à l’ère du numérique, et notamment de l’IA.

S’il y a quelques années encore, être beau ou belle signifiait ressembler à une star de cinéma, aujourd’hui, cela induit, au mieux, de se rapprocher d’une vraie personne retouchée ; au pire, d’un visage généré par une intelligence artificielle. La beauté, en 2026, serait donc non seulement inatteignable, mais surtout complètement abstraite ? À en croire les artistes de l’exposition, elle n’est en tout cas plus un critère : elle est une quête, une action, une lutte même, contre ce que le monde tente de faire de nous.

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